Québec, terre de mission !

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, janvier-février 2021

Le message du cardinal Lacroix sur la transformation de la charge pastorale

Par Louis Riverin
Service des communications

Québec, terre de mission ! Voilà la réalité qui est maintenant la nôtre et que notre pasteur aborde très directement dans son dernier message pastoral donné le 8 décembre dernier, portant sur « la transformation de la charge pastorale dans le diocèse de Québec ».

De quoi s’agit-il?

Il s’agit d’une vaste transformation, « un mouvement de changements qui va toucher en 2021 la grande majorité de nos paroisses, soit 75% d’entre elles ». La visée de ce mouvement est que nous puissions « travailler à la diffusion du message évangélique à l’extérieur de nos cadres habituels, avec des nouveaux moyens, sur un vaste territoire, plus large que le cadre strict de la vie paroissiale ordinaire ».

C’est l’élan missionnaire qui donne son souffle à ce message, le même élan qui a permis la fondation de l’Église en Nouvelle-France. Depuis, « l’Église de Québec a grandi et s’est développée, mais nous avons peut-être oublié avec le temps qu’elle a été et qu’elle demeure une terre de mission. Cette réalité est encore plus évidente aujourd’hui ». La conséquence la plus marquante de cette prise de conscience est sans doute au niveau de la mission des équipes pastorales, et des croyantes et croyants en leur ensemble. Alors que jusqu’ici, on cherchait surtout à répondre aux demandes, l’Archevêque explique que « nous ne pouvons plus nous satisfaire de donner de bons services pastoraux aux personnes qui participent fidèlement à nos assemblées et à nos mouvements. […] Nous devons réorienter nos équipes pastorales vers une activité plus intensément missionnaire, tournée vers les personnes et les groupes que nous rejoignons trop peu. »

Les 21 équipes pastorales actuelles et les paroisses sous la responsabilité de ces équipes formeront dorénavant neuf grandes équipes missionnaires. Mais là n’est pas le plus important de ce message. La conclusion est claire : « La transformation dans laquelle je vous invite à entrer n’est pas simplement une nouvelle réforme de notre organisation. Il s’agit d’entrer dans un mouvement de conversion vers une manière de vivre en Église et de poursuivre la mission qui nous a été confiée par le Seigneur : ‘Allez, de toutes les nations, faites des disciples!’» Et la raison première de ce changement? C’est l’éloignement du Christ et de sa Parole chez la majorité de nos contemporains.

Un peu d’histoire

Mgr Marc Pelchat, qui préside le Comité des nominations, fait remarquer que l’histoire ayant conduit à cette réorganisation pastorale remonte à l’épiscopat de Mgr Couture. La transformation s’est ensuite accentuée à la suite du Congrès d’orientation pour l’avenir des communautés chrétiennes, en 2004. « Ça s’est poursuivi avec l’impulsion donnée par Mgr Lacroix lors de la publication en 2011 du cadre de référence pour les réaménagements pastoraux: La Charité du Christ nous presse. Les regroupements juridiques des fabriques sont d’ailleurs le résultat d’un travail qui s’est conclu en 2019. »

Pénurie de ressources… ou élan missionnaire?

Avant même que les regroupements juridiques soient terminés, le Comité des nominations appréhendait ne pas pouvoir assurer un curé à chacune des 38 paroisses d’alors… Le Comité a ensuite amorcé une réflexion avec toutes les équipes pastorales, lors de deux journées entières de travail, une à l’automne 2019 et une autre à l’hiver 2020. On a présenté les projections du nombre d’intervenants en pastorale (voir graphique) telles qu’elles étaient… « C’est une nouvelle étape, poursuit Mgr Pelchat. On va regrouper les équipes pastorales et leur confier des territoires plus larges, et celles-ci devront mettre l’accent sur l’évangélisation, se tourner vers des personnes qu’on ne rejoint plus et prendre un tournant missionnaire. »

À l’été 2020, le contexte de pandémie et la nécessité de poursuivre la réflexion ont conduit à prolonger d’un an les mandats qui arrivaient à terme. À l’automne 2020, le Comité des nominations a poursuivi le travail : « Nous avons élaboré un plan, des stratégies, des hypothèses de regroupements, parfois doubles. » D’autres rencontres ont eu lieu cet automne avec les équipes pastorales dans les différents milieux pour valider ces hypothèses.

Chaque secteur prépare actuellement un plan d’implantation pour la mise en œuvre dès cet été de la réorganisation de la charge pastorale. Un plan de communication est aussi préparé dans chaque milieu, pour informer et sensibiliser.

D’ici juin, tous les prêtres et autres personnes mandatées seront rencontrés. Toutes les nouvelles nominations seront faites d’ici là. C’est tout un tournant missionnaire que nous sommes appelés à prendre… Que l’Esprit déploie nos voiles à son Souffle !

 

Questions directes à Mgr Marc Pelchat

1. Avez-vous en tête des exemples d’initiatives inspirantes ailleurs dans le monde, qui montrent comment des équipes pastorales s’organisent?

Le modèle proposé est finalement un modèle missionnaire. Il s’implante déjà dans plusieurs diocèses au Québec, dans d’autres pays également. Par exemple, en Amérique du Sud ou en Afrique, il y a de très grandes paroisses avec des chapelles, des lieux de culte où il y a toujours des personnes laïques en responsabilité sur place: délégués de la Parole, délégués paroissiaux, responsables locaux de paroisses. Au Québec, au diocèse de La Pocatière, bien que plus petit que le nôtre, il ne reste que trois unités pastorales. L’équipe pastorale compte d’autres membres: on connaît des équipes qui ont jusqu’à quinze membres.

Mais on suggère fortement qu’il y ait un noyau de coordination. Un duo ou trio, comprenant au moins un prêtre et une personne laïque, peut voir et traiter les questions organisationnelles. Ainsi les réunions d’équipes pastorales peuvent vraiment porter sur la mission, sur les nouveaux projets à mettre sur pied.

Jusqu’ici les équipes pastorales pouvaient encore réussir à tout faire. Avec les ressources qui continuent à diminuer, elles n’en seront plus capables. Les communautés qui vont vivre seront celles qui auront des leaders locaux.

2. Quel est le principal défi pour les équipes pastorales à l’heure actuelle?

Libérer du temps ! Dans son exhortation apostolique La joie de l’Évangile[1], le pape François affirme que « le temps est supérieur à l’espace » (n. 222-225). Quand je l’ai rencontré, je lui ai demandé : « Que voulez-vous dire par cette expression ? » Il m’a répondu : « C’est le temps que l’on prend pour établir des processus. » Il ne s’agit pas de couvrir un territoire le plus vaste possible, mais de prendre du temps pour rencontrer, accompagner, mettre en place un processus qui continuera après nous. Il faut y mettre du temps pour que cela dure dans le temps.

Libérer du temps, c’est un de nos plus grands défis : nos agendas sont très faciles à remplir ! Si on forme des leaders locaux, ils pourront faire beaucoup de choses… et laisser tomber des choses qu’on a toujours faites mais qui ne sont plus nécessaires. Cela nous libèrera du temps pour de nouvelles initiatives, des propositions missionnaires peut-être difficiles à mettre entre les mains de débutants, qu’il nous faudra accompagner et outiller.

3. Que dire aux personnes craignant d’être délaissées dans ce tournant missionnaire (les personnes âgées, par exemple, ou les membres de communautés chrétiennes où le leadership local est faible)?

Anciennement, on avait le réflexe d’appeler le prêtre pour tout besoin relié au culte. J’espère qu’il y aura encore des prêtres en nombre suffisant, mais beaucoup de choses peuvent être faites par des « ministres » laïques – c’est un ministère en quelque sorte. On a besoin de responsables locaux.

Par exemple, la communion aux malades: ce n’est peut-être pas un prêtre qui ira la porter (c’est déjà le cas en plusieurs endroits). C’est la même chose pour les funérailles et pour les baptêmes. Les funérailles pourront se faire dans le cadre d’une liturgie de la Parole. Nous avons commencé à mettre en place des équipes de personnes laïques pour la présidence des funérailles.

Cela peut être un dilemme pour les équipes pastorales… Il y a un équilibre à trouver entre l’attention accordée aux personnes pratiquantes et à celles qui ne le sont pas encore. Nous ne voulons pas délaisser les personnes vieillissantes de nos communautés. Mais si on s’occupe uniquement d’elles, elles seront les dernières, il n’y aura plus de communauté après elles. La majorité de leurs enfants et petits-enfants ont peu de contacts avec l’Église… Nous devons essayer de rétablir le contact, le dialogue avec quelques personnes, cheminer avec elles. C’est un long travail de reconstruction de l’Église.

[1] http://www.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/papa-francesco_esortazione-ap_20131124_evangelii-gaudium.html

 

À quoi ressemblera notre vie ecclésiale dans les prochaines années?

  • Des maisonnées réunies pour approfondir la foi et partager la Parole de Dieu
  • Prière à la maison en famille, éventuellement avec des voisins
  • Des cellules d’évangélisation, des groupes Alpha…
  • Quelques églises centrales pour regrouper les assemblées eucharistiques
  • Un nombre des célébrations eucharistiques révisé
  • Des prêtres cultivant d’autres formes de présence
  • Moins de personnel rémunéré
  • Plus de personnes engagées au nom de leur foi parce qu’elles croient en la vie chrétienne communautaire.
  • Des croyants et des croyantes unies pour apporter du réconfort à des personnes isolées ou démunies, et engagées dans la société à tous les niveaux.