“Nos églises n’ouvriront pas tout de suite. Pourquoi?”

Nos évêques répondent aux membres de nos communautés qui les pressent d’autoriser la reprise des activités ecclésiales.

“Ne perdez pas l’espérance! Bientôt, nous serons en mesure de nous revoir. Demeurons unis dans la foi, la prière, l’espérance, et nous serons en mesure d’écrire ensemble ce nouveau chapitre de notre histoire sainte, à Québec. Ensemble pour la mission… autrement, mais assurément!”
 
– Cardinal Lacroix
 
 

21 mai 2020

Réponse vidéo du Cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec

https://www.ecdq.tv/nos-eglises-nouvriront-pas-tout-de-suite-pourquoi-la-reponse-video-du-cardinal-lacroix/ 

 

18 mai 2020

Texte de Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec

Les évêques du Québec reçoivent de plus en plus de demandes insistantes visant à réouvrir les églises de nos diocèses afin que les fidèles puissent avoir accès aux sacrements. Nous ne sommes pas sourds à l’expression de ce désir légitime et nous le comprenons. Mais il serait imprudent d’y répondre trop rapidement, sans tenir compte de nos responsabilités à l’égard de la santé publique.

Depuis le début de la pandémie, les évêques ont fondamentalement agi par charité pastorale en suspendant toutes les célébrations liturgiques communautaires et en fermant les lieux de culte dès que l’état d’urgence sanitaire a été déclaré. Le devoir de charité chrétienne, qui est la première obligation de toute personne baptisée, était et continue d’être celui de prendre soin les uns des autres en évitant la propagation du coronavirus. C’est la meilleure façon présentement de mettre en pratique le grand commandement de l’Amour. Par charité pastorale, nous collaborons avec les autorités de la santé publique afin de réduire les risques mortels de cette pandémie. Nous ne devons pas oublier que de nombreux participants à nos rassemblements font partie des personnes les plus vulnérables.

Il est hasardeux de nous comparer avec les quelques commerces et supermarchés qui ont la permission d’ouvrir en laissant entrer un petit nombre de clients à la fois et en leur imposant de respecter diverses conditions d’hygiène. Notre vie ecclésiale est basée sur le rassemblement, la rencontre, la participation, le dialogue et l’échange. Nous ne sommes pas une entreprise de services, où chacun et chacune vient chercher l’objet de son désir pour sa satisfaction personnelle ou le bien correspondant à son besoin immédiat. Il n’est pas si simple de reprendre là où nous nous sommes quittés en mars dernier. Il faudra retrouver une vie ecclésiale qui se rapproche de ce que nous sommes comme Église.

Depuis le début de la pandémie, les évêques et les prêtres, en particulier ceux de soixante-dix ans et plus, sont entrés en confinement pour éviter les contacts rapprochés.  La plupart d’entre nous avons été très attentifs à respecter les précautions sanitaires. Pourquoi ? Pour éviter de contaminer un frère ou une sœur plus vulnérable alors que nous pourrions être porteurs du virus sans le savoir. Tel est le prix pour vivre jusqu’au bout l’amour fraternel et le soin que nous devons porter les uns envers autres.

Dans un message semblable à celui-ci, l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, rappelait que « les statistiques les plus récentes nous indiquent que le taux de mortalité au Québec a augmenté de 30 % en avril par rapport à l’année dernière ». C’est pourquoi nous prenons la situation au sérieux, disait-il, tout en souhaitant qu’il sera bientôt possible d’envisager une reprise.

Les évêques du Québec ont d’ailleurs entrepris un dialogue avec les autorités gouvernementales depuis plusieurs semaines. Nous travaillons depuis un certain temps à élaborer un protocole qui, une fois approuvé, nous permettra d’ouvrir progressivement nos églises tout en assurant la sécurité de ceux qui s’y rassembleront. La proximité de sa mise en œuvre dans le temps dépendra de l’évolution de la maladie dans chaque région et pour chaque secteur d’activité. Toute reprise demandera d’appliquer de nombreuses précautions. De nouvelles pratiques devront être mises en place et rien ne sera plus comme avant pour un bon moment.

Souvenons-nous que le Seigneur est présent chaque fois que nous ouvrons les Écritures pour méditer sa Parole, chaque fois que nous prenons un moment pour prier, chaque fois que nous venons en aide à un frère ou une sœur. Il est réellement présent avec nous, et d’autant plus quand nous sommes quelques-uns à le prier ensemble, même à distance. Nous utilisons beaucoup les médias sociaux et les outils de communication traditionnels (le bon vieux téléphone) pour maintenir des relations entre nous, pour rester en contact et cultiver la fraternité. Nous pouvons nous réjouir que tant de communautés paroissiales restent actives de manière créative et fructueuse, malgré la fermeture des lieux de rassemblement.

Les appels à distribuer l’eucharistie en dehors des célébrations eucharistiques ou les demandes qui nous sont faites de confier le Pain eucharistique à des familles ferventes qui le conserveraient chez elles, pour devenir des « ministres extraordinaires de la communion » au profit de leur entourage, ne sont pas des invitations auxquelles nous céderons. L’assemblée eucharistique est le seul lieu où nous partageons le Corps du Christ pour devenir ce que nous recevons, sauf s’il s’agit de la communion apportée aux personnes malades ou en fin de vie, quand les conditions sanitaires permettent de pratiquer cette œuvre de miséricorde.

Les circonstances actuelles sont peut-être pour nous, catholiques du Québec, un appel à pratiquer un certain héroïsme dans la foi, comme nous n’avons pas eu à le vivre depuis les temps missionnaires. Il y a quelques mois à peine, un Synode sur l’Amazonie nous révélait l’héroïsme et la foi de nos frères et sœurs de ces régions qui maintiennent leur foi vivante et active en ne célébrant l’Eucharistie qu’une fois ou deux par année. Nous pourrions apprendre beaucoup de l’histoire de communautés catholiques qui ont été privées de prêtres et de sacrements pendant des années (Cambodge, Corée du Sud), tout en préservant leur foi et leur relation au Christ.

Croyants et croyantes, nous faisons l’expérience d’un moment de notre histoire où nous sommes mis au défi de demeurer fermes dans la foi, enracinés dans l’amour inconditionnel du Seigneur, alimentés par sa Parole et soutenus par la communion avec nos frères et sœurs, même à l’écart de nos rassemblements. Peu importent les circonstances de l’histoire, notre Dieu n’est jamais à court de créativité pour se faire proche de nous, comme il le démontre en tout lieu et en tout temps de l’histoire humaine. Votre intimité avec le Seigneur et le dialogue continu que vous entretenez avec Lui vous aideront à traverser l’épreuve jusqu’à ce que nous soyons de nouveau réunis pour chanter les louanges de Dieu, Père, Fils et Esprit.

Par ailleurs, nous recevons avec joie vos nombreuses propositions d’aide et d’implication en vue de la relance qui viendra, bien que nous ignorions le moment. Nous vous invitons dès maintenant à prendre contact avec votre équipe pastorale paroissiale pour manifester votre désir de contribuer activement lorsque les rassemblements seront de nouveau possibles. Nous souhaitons que, dans chaque communauté chrétienne, les familles et les jeunes soient en première ligne pour constituer des équipes d’accueil renouvelées et disponibles. Nous pourrons ainsi vivre des retrouvailles profondément fraternelles, en dehors de la « bulle » où chacun de nous a dû s’installer. Comme elle nous manque, cette communion fraternelle entre nous !

Nous vous invitons à demeurer patients, dans la charité du Christ, et à vivre le cœur en paix, en acceptant les limites que nous impose cette situation inédite, simplement par amour pour les autres. Que l’Esprit nous aide à transformer cette expérience de privation en manifestation d’amour pour nos frères et nos sœurs dont nous sommes solidaires.

 

Avec l’approbation de l’Archevêque de Québec, le Cardinal Gérald C. Lacroix

en union avec Mgr Martin Laliberté, p.m.é., évêque auxiliaire