Une année dédiée à saint Joseph

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, janvier-février 2021

Par René Tessier

            Décidément, ce pape aime bien nous surprendre. C’est en la fête solennelle de l’Immaculée-Conception, le 8 décembre, qu’il a rendu publique sa Lettre apostolique Patris Corde (Avec un cœur de père) et décrété une année spécialement dédiée à celui qu’on a parfois qualifié de « grand oublié de la Sainte Famille ». Il faut peut-être ajouter que le 8 décembre 2020 marquait aussi le 150e anniversaire de la proclamation de l’Époux de la Vierge Marie comme patron de l’Église universelle.

            Patris Corde reprend d’abord ce que les Évangiles nous rapportent de Joseph. En sus de son rôle important dans des événements décisifs au début de la vie de Jésus, en plus des titres que l’Église lui a reconnus, saint Joseph est, écrit le pape François, « une figure extraordinaire, si proche de la condition humaine de chacun d’entre nous ». Or l’actuelle pandémie, précisément, nous aura aidés à mieux mesurer la grande importance de tant de personnes au rôle effacé qui, chaque jour, « font preuve de patience et insufflent l’espérance ». Il songe ici, bien entendu, au personnel de la santé et au personnel enseignant, dont le travail a été singulièrement bousculé, mais aussi aux employés de l’alimentation, au personnel d’entretien ménager, aux gens qui font quotidiennement du transport et de la livraison pour ces clients mécontents des retards. Il pense aussi aux parents et aux grands-parents, aux religieuses et aux prêtres, aux dévoués bénévoles de ces organismes d’aide sur-sollicités, à toutes les personnes qui continuent à prier avec confiance.

La vraie mesure du service et de l’obéissance

            Citant saint Jean Chrysostome, le pape François rappelle que la grandeur profonde de saint Joseph réside d’abord dans le fait qu’il « se mit au service de tout le dessein salvifique » de Dieu en épousant Marie et en devenant le père adoptif de Jésus. Faisant de toute sa vie un service, il a épousé aussi un paternité toute empreinte de tendresse envers les siens; la tendresse d’un homme qui sait que l’espérance passe à travers les mailles de nos faiblesses.

            Aux rêves par lesquels Dieu lui manifestait sa volonté, Joseph a répondu avec l’obéissance d’un homme de foi, une obéissance intelligente. À Nazareth, « Jésus a appris à faire la volonté du Père à l’école de Joseph. » L’accueil qu’il réserve à son épouse — particulièrement à signaler quand on pense à toute la violence envers les femmes présentement — l’entraîne vers d’autres sommets: il se révèle un mari « respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement. »

Le réalisme qui sous-tend l’espérance

            Ainsi, loin d’être passif ou de plier par résignation, saint Joseph incarne plutôt, explique le pape François, « le réalisme chrétien, qui ne rejette rien de ce qui existe ». Les difficultés font partie de nos existences et la Sainte Famille n’en manquera pas. Face à celles-ci, sachant que Dieu a choisi d’intervenir par l’intermédiaire d’êtres humains, Joseph saura déployer un « courage créatif », pour transformer en opportunités les problèmes rencontrés. Dans les Évangiles de l’Enfance comme dans nos vies, nous pouvons garder l’impression que les puissants imposent continuellement leur volonté. Mais François fait observer ici: « la Bonne Nouvelle de l’Évangile consiste à montrer comment, malgré l’arrogance et la violence des dominateurs terrestres, Dieu trouve toujours un moyen pour réaliser son plan de salut ». Le Pape va encore plus loin: à l’instar de Joseph, l’Enfant Jésus et Marie nous sont mystérieusement, en quelque sorte, confiés à notre garde.

Père travailleur, père dans l’ombre, et pourtant…

            Père travailleur — pas seulement pourvoyeur, Joseph apprend à son fils la grandeur et la dignité du labeur humain. Celui-ci constitue même une participation à l’œuvre du salut. Le descriptif de François se révèle inspirant mais il a oublié de référer à Laborem Exercens, l’encyclique trop négligée de Jean-Paul II (sa 2e), qui n’en reste pas moins un bijou de réflexion sur la valeur du travail, lieu d’accomplissement; un texte remarquable malgré sa complexité et un style parfois… tourbillonnant. François nous fait nous souvenir que Dieu fait homme en Jésus n’a pas dédaigné le travail quotidien. En cette période de chômage pandémique, le Pape nous invite à prier pour que toute personne puisse trouver un emploi dans lequel elle se réalisera.

            Enfin, « père dans l’ombre », Joseph est pour son fils « l’ombre sur terre de son Père céleste ». En ce monde où « les enfants cherchent les pères » (Jeanne Sauvé accueillant le pape Jean-Paul II à l’aéroport de Québec, 9-09-1984), la chasteté de Joseph inclut son refus de « posséder » son fils; la paternité authentique ne cherche pas à emprisonner l’enfant mais plutôt à « le rendre capable de choix, de liberté, de départs ». Ce qui était requis pour que Jésus puisse accomplir sa mission peut s’appliquer à toute paternité authentique… même la paternité spirituelle !   

            Attention, tient à préciser François, probablement conscient qu’il jongle ici avec des concepts malmenés de nos jours: « Le bonheur de Joseph n’est pas dans la logique du sacrifice de soi, mais du don de soi. » Dans cette veine, une allusion à certaines fausses conceptions de l’engagement vocationnel: « Toute vraie vocation naît du don de soi qui est la maturation du simple sacrifice; ce type de maturité est demandé même dans le sacerdoce et dans la vie consacrée. »

            Le Pape nous répète que les saintes et les saints ont d’abord un rôle d’intercesseur. En nous tournant vers eux, nous invoquons en même temps les qualités et les vertus dont ils ont fait preuve, ce qui, du coup, nous stimule à nous inspirer d’elles et eux. Aussi souhaite-t-il qu’augmente notre dévotion à saint Joseph, qu’il a déjà qualifié de « grand oublié de la Sainte Famille ». Chose certaine, on ne devrait jamais minimiser le rôle qu’il a exercé de son vivant et son influence déterminante dans la vie de son divin Fils.