Un Noé du domaine fantastique plus que biblique

Capture Noé

Le film hollywoodien Noé est à l’affiche de nos cinémas. Selon le réalisateur du film Darren Aronofsky, cette production est « le moins biblique des films bibliques ». L’un des meilleurs spécialistes de la Bible au pays, l’abbé Alain Faucher, vice-doyen et responsable des études à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, était de la première projection du film à Québec. Il nous partage son avis de bibliste sur cette œuvre cinématographique qui relève plus du répertoire fantastique que biblique.

En bref, on est bien loin de la Bible.

Quelques ajouts de ma part:

-C’est un film qui respecte les canons de violence du film blockbuster épique américain moyen. Certaines scènes sont toutefois plus difficiles et je comprends difficilement le classement de la régie du cinéma du Québec, visa général avec mention « déconseillé aux jeunes enfants ». Dans le reste de l’Amérique du Nord, le classement me semble plus sage à 13 ou 14 ans et plus (exemple Ontario).

-Dès la première scène du film, on découvre des géants de pierre qui ont un rôle important dans le film. Ne cherchez pas les racines bibliques à ces anges déchus. Quand le chapitre 6 de la Genèse parle du fruit de l’union des fils de dieux et des filles des hommes, l’exégèse catholique considère que ces expressions définissent des lignées bien humaines, celle de Seth et celle de Caïn. Les anges de pierre sont le fruit de l’imagination débordante du réalisateur Darren Aronofsky, dont l’inspiration provient de la lecture de divers récits apocryphes (dont l’authenticité n’est pas établie).

-Steven Greydanus du National Catholic Register a préparé un texte très intéressant de questions/réponses sur certaines prétendues controverses liés au film Noé. C’est en anglais, n’hésitez pas à utiliser un traducteur en ligne.

L’abbé Faucher a aussi donné une autre entrevue à notre webtélé ECDQ.tv, cette fois sur « La véritable histoire de Noé», pour mieux comprendre ce texte de la Genèse.

Et vous, que pensez-vous de cette oeuvre de fiction vaguement inspirée du Livre de la Genèse?

PS On se demande souvent comment lire les onze premiers livres de la Genèse (avant Abraham). Voici un extrait d’un texte de la Commission pontificale biblique pour nous éclairer:

La question des formes littéraires des onze premiers chapitres de la Genèse est bien plus obscure et complexe. Ces formes littéraires ne répondent à aucune de nos catégories classiques et ne peuvent pas être jugées à la lumière des genres littéraires gréco-latins ou modernes. On ne peut donc en nier ni affirmer l’historicité en bloc sans leur appliquer indûment les normes d’un genre littéraire sous lequel ils ne peuvent pas être classés. Si l’on s’accorde à ne pas voir dans ces chapitres de l’histoire au sens classique et moderne, on doit avouer aussi que les données scientifiques actuelles ne permettent pas de donner une solution positive à tons les problèmes qu’ils posent. Le premier devoir qui incombe ici à l’exégèse scientifique consiste tout d’abord dans l’étude attentive de tous les problèmes littéraires, scientifiques, historiques, culturels et religieux connexes avec ces chapitres; il faudrait ensuite examiner de près les procédés littéraires des anciens peuples orientaux, leur psychologie, leur manière de s’exprimer et leur notion même de la vérité historique; il faudrait, en un mot, rassembler sans préjugés tout le matériel des sciences paléontologique et historique, épigraphique et littéraire. C’est ainsi seulement qu’on peut espérer voir plus clair dans la vraie nature de certains récits des premiers chapitres de la Genèse. Déclarer à priori que leurs récits ne contiennent pas de l’histoire au sens moderne du mot, laisserait facilement entendre qu’ils n’en contiennent en aucun sens, tandis qu’ils relatent en un langage simple et figuré, adapté aux intelligences d’une humanité moins développée, les vérités fondamentales présupposées à l’économie du salut, en même temps que la description populaire des origines du genre humain et du peuple élu. En attendant il faut pratiquer la patience qui est prudence et sagesse de la vie. C’est ce que le Saint-Père inculque également dans l’Encyclique déjà citée: «Personne, dit-il, ne doit s’étonner qu’on n’ait pas encore tiré au clair, ni résolu toutes les difficultés… Il ne faut pas, pour autant, perdre courage, ni oublier que dans les disciplines humaines il ne peut en être autrement que dans la nature, où ce qui commence croît peu à peu, où les fruits ne se recueillent qu’après de longs travaux… On peut donc espérer que (ces difficultés), qui aujourd’hui paraissent les plus compliquées et les plus ardues, s’ouvriront enfin un jour, grâce à un effort constant, à la pleine lumière ».

 

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