Un dossier aussi sensible qu’important

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, septembre 2017

Par Pierre Lefebvre
Répondant diocésain pour le dialogue interreligieux

Ce numéro de Pastorale-Québec propose au lecteur une analyse des rapports entre catholiques et musulmans dans le contexte culturel et religieux du Québec contemporain. Le projet est ambitieux et comporte une longue liste d’enjeux qui ne sont pas uniquement propres à la société québécoise.

L’islam est en lui-même une religion parfaitement respectable. Jusqu’à preuve du contraire, ses adeptes, en majorité, demeurent généralement des gens aussi pieux que paisibles. Cependant, la recrudescence des actes de violence commis au nom d’Allah par les fondamentalistes musulmans ― et plus récemment, ceux qui sont associés à Al Qaïda et au Groupe armé État islamique ― n’a fait qu’attiser les peurs et engendrer la méfiance de l’Occident face aux ressortissants de cette confession religieuse dont certains ont immigré chez nous.

Le Québec n’échappe pas à cette vague de méfiance. On l’a vu lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables de même qu’avec les réactions au projet de loi avorté du gouvernement Marois, sur la laïcité de l’État, et les difficultés entourant l’élaboration de celui du gouvernement Couillard sur la neutralité de l’État.

Au-delà de ces enjeux difficiles, l’espace qu’occupe désormais l’islam dans notre quotidien soulève la question de la place du religieux dans l’espace public, comme celle du rapport à notre propre confession religieuse. Peut-être avons-nous pris trop facilement pour acquis que la distance que plusieurs d’entre nous, sinon la grande majorité, ont pris face à la religion catholique au lendemain de la Révolution tranquille relèguerait à tout jamais l’univers religieux au simple rang d’un patrimoine à préserver dans un musée. La réalité fait cependant en sorte que face aux besoins du marché du travail, l’État doit se tourner vers une immigration francophone composée en grande partie par des personnes de confession musulmane pour qui le « sens du sacré » demeure une valeur essentielle. Du coup, nous nous retrouvons dans une situation de déficit nous obligeant à revoir nos paradigmes et à redéfinir un nouveau rapport entre l’espace religieux et celui de l’État. Plus encore, l’attachement de ces personnes à leurs rites religieux nous interpelle et nous amène à revisiter nos propres rites pour y découvrir des significations oubliées avec le temps.

Tous ces changements se vivront désormais dans un contexte où les valeurs de neutralité de l’État et le respect des droits et libertés individuelles se conjugueront avec le respect des droits en matière religieuse. Dans ce contexte, le mot « dialogue » est appelé à reprendre du service tant entre les responsables des pouvoirs publics et religieux qu’entre les représentants des diverses confessions religieuses, de plus en plus concernés eux aussi par les contingences de la cohabitation.