Trois cents jeunes en réunion pré-synodale à Rome

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, juillet-août 2018

Par Luc Paquet, recteur du Grand Séminaire de Québec

« Vous êtes invités parce que votre apport est indispensable. Nous avons besoin de vous pour préparer le Synode qui réunira les évêques en octobre prochain. » Ainsi s’exprimait le pape François, pour inaugurer les travaux de la réunion pré-synodale qui s’est déroulée à Rome du 19 au 24 mars 2018. Ces six journées de travail au Collège Mater Ecclesiae ont réuni 300 jeunes de 18 à 30 ans, venus du monde entier, avec la participation en ligne de 15 000 jeunes, à travers les groupes Facebook. On y abordait le thème du prochain Synode des évêques: « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ».

Dès le 13 janvier 2017, le pape François affirmait, dans le Document préparatoire à la 15e assemblée générale ordinaire du synode des évêques : « L’Église souhaite également demander aux jeunes eux-mêmes de l’aider à définir les modalités les plus efficaces aujourd’hui pour annoncer la Bonne Nouvelle. » L’apport de tous ces jeunes a permis de produire un document qui « est une synthèse qui exprime certaines de nos pensées et expériences. Il est important de noter que ce sont là des réflexions de jeunes du 21e siècle, de différentes religions et différentes cultures. » (Document final de la réunion pré-synodale des jeunes) Il s’agit de donner aux évêques une boussole, les guidant vers une compréhension plus claire de la jeunesse actuelle.

Le Saint-Père a tenu à participer à l’avant-midi de la première journée. Il a d’abord souhaité la bienvenue à ceux et celles qui étaient venus de tous les continents. « Vous venez de nombreuses parties du monde et vous portez avec vous une grande diversité de peuples, cultures et aussi de religions; vous n’êtes pas tous catholiques et chrétiens, même pas tous croyants, mais vous êtes certainement tous animés du désir de donner le meilleur de vous. » Ensuite, il a pris le temps de répondre aux questions de cinq jeunes, une jeune Nigériane victime de la traite des humains, un Français non baptisé, étudiant en droit à Paris, une jeune mariée d’Argentine, un séminariste d’Ukraine et une jeune religieuse chinoise étudiante en sciences religieuses. Toutes ces personnes relevaient des facettes de la vie porteuses de souffrances, de doute ou de peur, qui n’attendaient que des paroles d’espérance du Pape. 

Cette matinée a été suivie jusqu’au mercredi par un travail dans vingt groupes linguistiques : neuf en anglais, quatre en espagnol, quatre en italien et trois en français. Du jeudi au vendredi, des sessions plénières ont permis aux participants de faire des commentaires sur le texte préliminaire. Le document final a été présenté à l’assemblée en avant-midi du samedi.

 

Trois thèmes de réflexion

Ayant été choisi avec deux autres recteurs de Grand Séminaire, l’un de Lituanie et l’autre de Colombie, l’opportunité m’était donnée de participer aux séances de travail au rythme soutenu et suivant une direction très clairement établie par l’équipe qui avait préparé les instruments pour la tâche à accomplir. Trois thèmes majeurs, comprenant chacun cinq questions, ont alimenté les échanges pour les deux premières journées.

Le premier thème, Défis et opportunités des jeunes dans le monde d’aujourd’hui, a permis à chacun de se faire connaître, tout en traçant un portrait du milieu avec lequel ils sont en interaction. Que ce soit à propos de la formation de la personnalité, de leur avenir ou de la recherche du sens de leur existence, ils ont su exprimer leur réalité avec authenticité.

Parmi les paroles entendues dans l’équipe où je participais avec des jeunes de France, de Belgique, du Moyen-Orient, d’Afrique, je note celles-ci, concernant l’éducation familiale : « Il y a une véritable décadence de la responsabilité des parents. » Et « au niveau de l’éducation chrétienne, les jeunes sont ‘abandonnés’ par leurs parents, alors l’éducation proposée par l’Église n’a pas de terrain pour atterrir chez les jeunes. » Ils se sont montrés sévères à propos des médias, tout en avouant en être de grands consommateurs: « Les modèles présentés par les médias sont très différents de la réalité et sont créateurs d’illusions. » Leurs constats laissent planer une ombre face à l’avenir: « Au Liban par exemple, les jeunes sont devant un paysage divisé de la société; ils ne savent pas ce qui est bon ou mauvais… Où est la place pour le rêve? » Un autre jeune a ajouté: « Le rêve des jeunes est de se réaliser, de s’épanouir; mais ils se sentent impuissants devant les problèmes sociaux. »

Le deuxième thème, Foi et vocation, discernement et accompagnement, a permis de vives discussions à propos de Jésus, de l’Église et de la vocation; avec ce que cela sous-tend pour le discernement et l’accompagnement. Conscients des différences entre eux, ils disent: « Certains jeunes agissent comme des illuminés, des radicaux qui semblent envahis de l’Esprit. Les autres ne sont pas intéressés. » Aussi, s’engager dans l’évangélisation n’est pas simple, « plusieurs fuient Jésus parce qu’ils fuient l’Église et ne veulent pas être récupérés par elle. »

À propos de la recherche de l’efficacité, il n’y a pas qu’en Occident que nous n’avons pas de temps à perdre. Une Africaine témoigne : « Au Rwanda, passer une heure d’adoration en silence, ça ne m’avance pas parce que Jésus ne « parle » pas. Alors que dans les sectes, Jésus nous répond tout de suite. » La question du sens vocationnel de la vie se pose quand « les modèles ne sont pas inspirants… Nous voyons des professions interchangeables, des relations temporaires, … » Et d’autres sont conscients de l’importance du discernement vocationnel : « Il faut apprendre à discerner car le discernement, ce n’est pas choisir entre le bien et le mal, mais entre ce qui est bien et ce qui est meilleur pour moi. »

Le troisième thème, Action éducative et pastorale de l’Église, a semblé ralentir les ardeurs; les jeunes ayant un peu de difficulté à voir et suggérer des lieux, des initiatives et des instruments que l’Église devrait privilégier. Par contre, les langues se sont déliées en ce qui a trait au style d’Église espéré. Retenons seulement les citations suivantes: « Dans l’église, il y a la présence réelle du Christ dans le tabernacle. Dans la société, peut-il y avoir la présence réelle de l’Église? » « On demande aux gens de la société de venir à l’église alors que les gens demandent que l’Église aille dans la société. » Et pour ce qui concerne l’approche des jeunes, ils n’ont pas de recette à suggérer, mais plutôt une manière respectueuse qui ne cause « pas d’indigestion spirituelle » : « Pour donner à manger aux jeunes, ce n’est pas nécessaire de commencer par tout un repas, ça peut être en commençant par des collations… quand ils ont faim! »

 

Le document final

L’avant-midi du samedi 24 mars, après de nombreuses révisions, corrections, ajouts, retraits, le document final rédigé en anglais mais traduit et retransmis dans les oreillettes des participants qui ne maîtrisaient pas cette langue, a été adopté à la satisfaction générale. Une traduction non-officielle en français est disponible en ligne sur le site du Vatican : http://www.synod2018.va/content/synod2018/fr/news/document-final-de-la-reunion-presynodale-des-jeunes–traduction-.html.

Le 25 mars, dimanche des Rameaux et de la Passion, les 300 jeunes étaient conviés sur la Place Saint-Pierre pour participer à la célébration soulignant aussi la Journée mondiale de la jeunesse. Avant la bénédiction solennelle finale, quelques représentants des jeunes se sont rendus au siège présidentiel pour présenter au Pape François le document final de la réunion pré-synodale. Des applaudissements nourris ont suivi les mots de remerciement du Pape pour le travail et l’énergie déployés pour parvenir à un résultat qui aidera les évêques lors du prochain Synode.

 

Pour terminer, deux citations extraites du document final valent d’être retenues :

  • « Les jeunes sont plus réceptifs à « un chemin de vie » qu’à un discours théologique abstrait, ils sont plus conscients et réceptifs et plus engagés quand ils sont acteurs dans l’Église et dans le monde. »
  • « Nous espérons que l’Église et d’autres institutions peuvent s’inspirer de cette méthode de travail du Pré-Synode et écouter davantage la voix des jeunes. » (Document final de la réunion pré-synodale des jeunes)

 

Vraiment, les jeunes ont de l’audace et le Pape François avait raison de dire dans son discours inaugural que « la jeunesse n’existe pas ! Ce sont les jeunes qui existent, les histoires, les visages, les regards, les illusions. Ce sont les jeunes qui existent. » Et d’ajouter : « Écoutez les jeunes… même s’ils ne sont pas le Prix Nobel de la prudence. »