Texte de Réjean Bernier dans la revue Sainte-Anne: « L’Église est de bonne humeur ! »

Merci à Réjean Bernier pour cette chronique Signes des temps dans la revue Sainte Anne de juin 2012.

L’Église est de bonne humeur !

Imaginez: Des médias «louangent» l’Église pour son message… publicitaire. Étonnant, n’est-ce pas? Car habituellement, ce sont ses faux pas et ses déclarations qui défraient les manchettes. Certains croient même que les médias se plaisent à la caricaturer. Et bien non. Récemment, les publicités originales des diocèses de Montréal et Québec suscitaient même leur admiration. Enfin un vent de fraicheur pour l’Église dans l’espace médiatique. N’y a t-il pas là une intuition prometteuse?

Prions pour le Canadiens afin qu’il participe aux séries éliminatoires! Le diocèse de Montréal attirait ainsi l’attention sur sa campagne de financement 2012.[1] L’originalité et l’humour, marques de commerce du diocèse, caractérisaient aussi les sollicitations précédentes.

En avril 2011, un panneau publicitaire invitait les automobilistes montréalais à faire leur prière à l’entrée du pont Champlain jugé dangereux!

En février dernier, le diocèse de Québec surprenait à son tour. Il profitait de la polémique suscitée par ce professeur de musique ayant censuré «Dieu» dans L’hymne à l’amour d’Édith Piaf. Le débat sur la laïcité était relancé. Évitant d’ajouter à la cacophonie des idées, le diocèse publiait simplement le passage controversé «Dieu réunit ceux qui s’aiment». Comme si rappeler la phrase problématique suffisait pour exprimer le gros bon sens.

Les médias applaudissent!

Concernant l’affiche à l’entrée du pont, Isabelle Massé, journaliste, soulignait que: «L’Église catholique de Montréal n’aurait pu se coller mieux à l’actualité.»[2] Dans un article titré «Bon Dieu de bonne pub!»[3], la journaliste Annie Morin saluait la créativité publicitaire du diocèse de Québec. Faisant référence à la publicité invitant à prier pour le Canadiens et à celle rappelant que «Dieu réunit ceux qui s’aiment», Sophie Durocher écrivait: «Décidément, ces temps-ci, l’Église catholique réussit des sacrés bons coups de pub[4] Elle ajoute: «Oh Mon Dieu! De l’audace, de l’autodérision, du punch et de la vivacité d’esprit… Ce ne sont pas vraiment des qualités que l’on associe habituellement aux membres du clergé.» Des médias du monde entier ont ainsi parlé de l’Église québécoise. Sans trop de succès, l’Église essaie d’intéresser les médias à ses activités. Mais curieusement, c’est quand elle parle des «affaires du monde» d’une façon originale qu’elle intéresse les médias…

Juste un peu de sel!

En publiant «Dieu réunit ceux qui s’aiment», l’Église ajoutait son grain de sel dans le débat sur la laïcité. Elle a su être signifiante avec peu de mots. Parfois l’Église voudrait tout dire d’un coup. Elle pourrait davantage s’inspirer des phrases courtes et originales de Jésus. Les gens étant fatigués des débats stériles. Et des discours alarmants.

Pas étonnant que les Québécois soient de grands consommateurs de spectacles d’humour. Sentant le besoin de se distraire, ils paient pour rire. Mais ramènent-ils la joie à la maison? Dans ce contexte, l’originalité et l’humour de l’Église se veulent une brise légère rafraichissante. L’humour dont il est ici question n’est pas fuite de la réalité, mais plutôt un regard qui sait dédramatiser et voir plus loin que l’impasse. Un tel visage d’Église confond les perceptions habituelles voulant qu’elle soit dépassée, austère et déconnectée de la réalité. Cette réputation sera longue à changer. Ces publicités ne sont qu’un pas. Elles ne ramèneront pas les gens à l’église, mais l’Église plus près des gens.

La bonne humeur: parfum de Dieu!

Une Église capable d’humour et de punch n’est-elle pas bienvenue dans une société souvent qualifiée de dépressive et de morose? Sa bonne humeur, écho d’une joie intérieure, n’est-elle pas alors prophétique? Baromètre de sa vie spirituelle, elle est pour le chrétien un état d’être qui s’enracine dans l’espérance qu’il cultive en lui. Plus que les discours, elle est medium d’une Bonne Nouvelle. Jésus était sans doute profondément de bonne humeur. Au-delà des paroles et des gestes, tout son être devait intriguer et attirer. Voilà pourquoi les gens recherchaient sa présence… celle de Dieu. Universelle, cette bonne humeur est catholique[5]! Elle franchit les frontières des générations et des nationalités.

Un visage vaut 1000 mots!

Régulièrement, nos journaux annoncent des conférences de maîtres tibétains proposant leur recette de bonheur par la méditation. On y voit assurément un visage asiatique avec un grand sourire. Pensons au Dalaï-lama. Sans même savoir ce qu’il dit, les gens sont fascinés par son visage serein et souriant. Pendant ce temps, quand la télévision montre des rassemblements de cardinaux au Vatican, ils semblent tous avoir le visage sérieux et fatigué. Pour les gens, voilà le visage de l’Église. Vous et moi n’avons qu’une chance de faire une bonne première impression, en étant l’expression visible de la joie. Saint Paul insiste: «Soyez toujours dans la joie du Seigneur, laissez-moi vous le redire: soyez dans la joie»[6]. Cette joie n’a rien de superficiel surtout que Saint Paul nous y exhorte alors qu’il est lui-même emprisonné. Pour Alexandre Schmemann, théologien orthodoxe: «c’est seulement comme joie que le christianisme a triomphé dans le monde, et il a perdu le monde quand il a perdu la joie, quand il a cessé d’en être le témoin…» Le psaume 51 rappelle qu’elle est sans cesse à reconquérir: «Seigneur, rends-moi la joie d’être sauvé». Une prière plus actuelle que jamais!

Revenir à la source

Les préoccupations des chrétiens face à l’avenir de l’Église peuvent contaminer leur joie et se lire sur leur visage. Jésus leur dirait: «Tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses; pourtant il en faut peu, une seule même»[7]. Comme si la priorité, voire l’efficacité, du chrétien passait par sa qualité de présence réelle. Jean XXIII a ainsi conquis bien des cœurs par son amabilité et son humour. Jean-Paul 1er, malgré 33 jours de règne, marqua le monde par son sourire. Et impossible d’oublier l’authenticité et la spontanéité de Jean-Paul II. Quant à Benoît XVI, il a beau proposer d’inspirants écrits notamment sur l’environnement, l’économie et le dialogue interreligieux, c’est parfois l’anecdotique qui attire l’attention. Dans sa page d’actualités sur le monde, Le Soleil du 30 juillet 2009 publiait une photo du Pape avec le bras en écharpe s’étant cassé le poignet en chutant. On rapportait ses paroles dites sur le ton de la plaisanterie: «Malheureusement, mon propre ange gardien n’a pas empêché ma blessure, suivant certainement des ordres supérieurs!». On préférait ce commentaire plutôt léger aux textes denses de Benoît XVI.

Au Québec, personne n’oubliera la relation houleuse entre le Cardinal Ouellet et les médias. Pourtant à l’été 2010, lors de la conférence de presse annonçant son départ pour Rome, les journalistes questionnèrent le Cardinal sur les qualités que devrait avoir son successeur. Le Cardinal réfléchit, voulant peut-être éviter le piège, puis répondit: «Et bien, il devra avoir la foi!» Spontanément, tous les journalistes rirent. Et le cardinal aussi. Plusieurs découvraient un visage méconnu du Cardinal: au-delà de ses convictions, il entendait aussi à rire. D’ailleurs RDI présenta cet extrait le soir à l’émission «24 heures en 60 minutes». Comme si ces quelques secondes d’humour bouclaient sur une bonne note son rapport avec les médias.

N’ajustez pas votre miroir…

Avant d’être celui du Pape que l’on voit à la télé, le visage de l’Église est celui que l’on voit devant son miroir le matin. Qu’exprime ce visage? En ce temps où l’on perd nos églises, quelle Église savoureuse gagnerait-on si la bonne humeur transfigurait nos visages?



[1] Cette campagne publicitaire fut largement soulignée dans les pages sportives du journal de Montréal du 9 février 2012. Le journaliste conclut ainsi: La campagne de financement de l’Église catholique de Montréal se déroulera du 15 au 30 avril. Le diocèse ne pouvait demander mieux.

[2] La Presse, 18 avril 2011

[3] Le Soleil, 18 février 2012

[4] Journal de Montréal, 21 février 2012

[5] Le mot « catholique » vient du grec « Katolicos » qui signifie « universel »

[6] Ph 4, 4

[7] Lc 10, 41

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here