Réflexion en cette Journée internationale contre l’homophobie

Nous avons eu la chance de publier dans la plus récente édition de notre magazine Pastorale-Québec un texte du diacre Pierre Lefebvre (paroisse Saint-Jean-Baptiste de Québec) qui réfléchissait sur notre approche pastorale envers les personnes ayant une attirance homosexuelle. Il a su trouver les bons mots (tout comme l’avaient fait nos évêques canadiens en septembre dernier avec une excellente lettre pastorale aux jeunes ayant une attirance pour les personnes du même sexe) pour parler d’une question encore très délicate dans nos communautés chrétiennes.

Même si le terme homophobie est parfois instrumentalisé par divers groupes d’intérêt, il est heureux de pouvoir se rappeler aujourd’hui que nous sommes toujours appelés à accueillir avec sagesse et avec amour les personnes qui se découvrent une attirance pour une personne du même sexe.

Voici donc le texte de M. Lefebvre intitulé « Ouvrons les portes » :

À la communauté chrétienne Saint-Jean-Baptiste-de-Québec, on se penche sérieusement, depuis au moins deux ans, sur la place que peuvent occuper parmi nous les personnes homosexuelles. On sait que celles-ci sont particulièrement nombreuses dans le quartier. Ainsi, au printemps dernier, plus précisément le 7 mai 2011, près de 25 personnes engagées dans la paroisse prenaient part à une journée de formation sur le thème de l’homosexualité, sous la supervision de l’Institut national de la santé publique; une journée particulière où l’État et l’Église unissaient leurs forces vives pour apprivoiser une réalité humaine complexe, derrière laquelle se joue le destin d’hommes et de femmes.

Un chemin d’accueil et d’écoute

Tout a commencé en octobre 2008, lors d’une journée consacrée à la justice sociale et présidée par Mgr Maurice Couture. Dans la foulée de cette journée, le comité Justice a procédé à l’examen des besoins de la communauté chrétienne. C’est alors qu’a germé l’idée d’un possible engagement auprès de la communauté homosexuelle en raison de la présence déjà marquée de celle-ci sur le territoire de notre paroisse. Parallèlement, certaines personnes avaient déjà manifesté le désir d’établir un contact avec le pasteur de notre communauté.

Dès lors, un peu à la manière de Dieu qui se mit à l’écoute de la souffrance de son peuple en Égypte, nous avons résolu de nous mettre en mode accueil et écoute. Nous avons alors découvert des personnes riches et belles, tant sur le plan humain que sur le plan spirituel; des personnes dont le cheminement nous a permis d’entrevoir une force et une grandeur d’âme peu communes.

Au fur et à mesure que nous progressions dans notre démarche, nous avons également ressenti le besoin d’être mieux formés afin d’être en mesure d’établir un dialogue sincère et vrai. Nous nous sommes alors tournés vers quelques prêtres ayant œuvré dans ce nouveau champ de la pastorale ici même à l’Université Laval ou à Montréal, au sein de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre.

Hétérosexualité et homosexualité

L’identité d’une personne tient à une foule de caractéristiques tantôt culturelles, linguistiques, religieuses, sociales ou économiques. Elle tient aussi à l’orientation sexuelle. Dans un monde longtemps caractérisé par l’homogénéité religieuse et sociale, l’orientation sexuelle demeurait un concept peu connu. De nos jours, nous le savons bien, il en est tout autrement. Nous avons vu naître et se développer autour de nous tout un mouvement d’affirmation des gais et lesbiennes. Ce mouvement s’appuie sur une mouvance sociale voulant que les membres des minorités ne soient ni exclus, ni marginalisés ni stigmatisés.

Depuis quelques années, la communauté homosexuelle se fait entendre. Ses porte-parole officiels se sont révélés non seulement des défenseurs efficaces des droits des personnes homosexuelles, mais ils ont également contribué à changer le regard de la société sur cette réalité humaine. Toutefois, malgré leurs luttes, l’homophobie sévit encore dans notre société car nous vivons dans un monde où l’on tient pour acquis que tout individu est ou devrait être hétérosexuel. Il suffit de regarder le taux effarant de suicides chez les adolescents qui se découvrent une attirance homosexuelle. Or, l’être humain ne se définit pas d’abord comme hétérosexuel ou homosexuel, mais plutôt comme une personne créée à l’image de Dieu. Je fais miennes ici les paroles du pape Benoît XVI prononcées dans une homélie datée d’avril 2005 : « Nous ne sommes pas le produit accidentel et dépourvu de sens de l’évolution. Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu. Chacun de nous est voulu, chacun est aimé, chacun est nécessaire. »

La vie est un don formidable. Elle se manifeste partout, dans des conditions variables, et porte les hommes et les femmes à exiger le respect d’eux-mêmes et de leurs droits. Au même titre que les personnes hétérosexuelles, les personnes homosexuelles rêvent de bonheur et de plénitude. Notre défi en Église peut alors se définir comme suit : comment faire preuve d’une attitude d’ouverture et de compassion sans pour autant renoncer à nos valeurs, parmi lesquelles se trouvent la sainteté du mariage et la valeur irremplaçable de la famille ?

Un défi à la portée d’une Église pastorale

Le cheminement vers l’acceptation pleine et entière de l’homosexualité, pour les personnes qui se découvrent cette orientation, peut être long et tortueux. Devant la souffrance, le sentiment de rejet, la solitude et les remises en question, l’Église se doit d’être le reflet de l’amour inconditionnel de Celui qui a donné sa vie pour tous les hommes et toutes les femmes de notre monde.

Or, parmi les personnes homosexuelles, il s’en trouve de plus en plus qui redécouvrent la beauté de leur baptême. Plusieurs désirent vivre leur vie à l’image du Christ et demandent d’avoir part à la communauté pour y apporter leurs charismes et y puiser les forces nécessaires à leur pèlerinage sur terre. Ces hommes et ces femmes nous demandent d’oser bâtir avec eux une Église qui promeut l’unité dans la diversité. Ils et elles nous permettent d’adopter une attitude de respect et d’accueil envers la différence, tout en nous appropriant sainement notre propre sexualité.

Ce défi pastoral, c’est finalement celui de la conciliation d’un discours avec une Parole ; un discours qui nous offrira toujours des repères éclairants sur notre condition humaine et notre rapport à Dieu, mais aussi et surtout une Parole d’amour et de libération qui nous situe face à Celui qui nous as créés et nous appelle sans cesse à partager son héritage.

L’Église est la porte de la vie. Aussi, dans un esprit d’ouverture, de respect mutuel, et de recherche de la vérité, il est impératif que nos frères et soeurs homosexuels aient part à la vie de l’Église. Il ne s’agit pas ici de tout remettre en question. Il s’agit surtout de voir l’autre comme un être humain et comme un fils et une fille de Dieu ayant droit de goûter à la joie du Salut. Il reste à faire montre d’un jugement et d’une pratique pastorale à la hauteur de l’Évangile du Christ. Heureusement, la Bonne Nouvelle nous assure aussi que l’Esprit de Dieu saura toujours guider les hommes et les femmes de bonne volonté.

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