Merci Benoît XVI

En ce 28 février, temps de la vacance du saint siège, ils sont venus nombreux les diocésains de Québec participer à l’eucharistie célébrée à l’église Saint-Jérôme-de-l’Auvergne. Ils répondaient ainsi à l’invitation de notre cher archevêque, Mgr Gérald C. Lacroix, à venir rendre grâce au Seigneur pour le si riche ministère du pape Benoît XVI.

C’est avec joie que j’ai revu l’autel, le mobilier et le calice créés pour le congrès eucharistique 2008. Que de souvenirs !… Mais ce soir, c’est le souvenir quelque peu nostalgique de notre bon pape Benoît XVI qui nous habite et nous voulons le rejoindre par notre prière à ses intentions. Le drapeau papal qui trône dans le chœur, deux de ses encycliques et La Mort et l’au-delà de 1994 sont là pour nous le rappeler. En effet, le but de cette messe, où concélèbrent, avec Mgr Gérald C. Lacroix, M. l’abbé Daniel Gauvreau, curé de cette unité pastorale et de nombreux prêtres, en est un d’action de grâce pour le pape Benoît XVI.

À l’occasion de cette célébration spéciale, les chorales de Saint-Rodrigue et de Saint-Jérôme ont uni leurs belles voix pour nous faire prier sur de la beauté. Mme Jéhanne Blanchot animait l’assemblée. Un très beau chant, connu de tous et bien choisi pour la circonstance, ouvrait la cérémonie : Que tes œuvres sont belles que tes œuvres sont grandes !

L’interrogation Veux-tu le suivre ?, thème qui soutient notre démarche du carême, émaillait l’homélie de Mgr Lacroix. Je ne puis résister à la tentation de livrer l’intégrale de ce beau panégyrique du pape Benoît XVI. Le voici, mais dans ce texte, je ne puis rendre adéquatement, l’émotion profonde, partagée par l’assemblée, qu’il ressentait.

« C‘est un temps de carême qui ne ressemble à aucun autre pour l’Église universelle. Nous avons commencé notre marche avec un pape et nous allons la conclure avec un autre. Qui aurait pu penser à cela ? C’est un évènement unique dans l’histoire de l’Église, un moment historique, un moment intense et à la fois rempli d’intériorité. VEUX-TU LE SUIVRE ? La réponse est oui, si je me fie à votre présence nombreuse, ce soir. Nous sommes venus nombreux pour rendre grâce au Seigneur, lui dire merci pour ce grand serviteur de l’Église qu’a été le pape Benoît XVI. Lui qui a répondu affirmativement à cette question par un oui généreux tout au long de sa vie de baptisé. Sa vie est un témoignage de fidélité à un oui d’attachement inconditionnel à la personne de Jésus Christ en acceptant de le servir comme prêtre, comme évêque, cardinal et puis enfin comme pape, comme évêque de Rome et pasteur de l’Église universelle. Ce don de sa vie au Christ et à l’Église, on le découvre dans toutes ses prises de paroles ainsi que dans ses écrits, qui vont demeurer pour nous comme un grand trésor. Je pense ici à ses trois volumes qu’il a écrits sur la vie de Jésus, je pense aussi aux trois encycliques, des textes majeurs qu’il nous a laissés et qui expriment ce qui habitait son cœur sur l’amour, l’espérance, la charité. Je pense à ses réflexions qu’il nous partageait chaque mercredi, lors de l’audience générale et spécialement en cette année de la foi. Le beau parcours de foi qu’il était en train de nous faire vivre. VEUX-TU LE SUIVRE ? Oui Benoît XVI veut continuer de suivre le Christ et ce même dans sa renonciation au pontificat. Ce Pape, nous l’avons vu, aime profondément le Christ et l’Église. Sa décision de renoncer au ministère pétrinien a été prise consciemment et dans la prière pour le plus grand bien de l’Église, a-t-il répété à quelques reprises ces dernières semaines. Ceci dit, le Pape n’abandonne pas l’Église : lors de son dernier Angélus, dimanche dernier, il a affirmé en commentant le passage de la Transfiguration dans l’évangile de saint Luc, le texte que nous avons écouté dimanche dernier, où les apôtres montent avec le Seigneur au Thabor. Je le cite : “Cette Parole de Dieu, je la sens particulièrement adressée à moi, disait Benoît XVI, en ce moment de ma vie. Car le Seigneur me demande de monter sur la montagne et de me dédier encore plus à la prière et à la méditation. Mais cela ne signifie pas abandonner l’Église. Au contraire, si Dieu me demande cela, c’est parce que je peux continuer de la servir avec la même intensité et le même amour comme j’ai cherché à le faire jusque là, mais selon une modalité plus adaptée à mon âge et à mes forces.”

VEUX-TU ME SUIVRE ? Ce beau et impressionnant témoignage de Benoît XVI m’amène à me poser cette question, à nous poser cette question : quel Dieu suivons-nous ? Suivons-nous en vérité le Dieu de Jésus-Christ ?

Dans le texte de l’évangile que nous venons d’écouter, nous avons vu deux hommes : un riche et un pauvre. Il est clair que l’homme riche a fait de l’argent son Dieu. Lorsqu’il s’est rendu compte de son mauvais choix, il était trop tard pour lui comme pour ses frères. Dans la première lecture, au livre de Jérémie, nous avons lu : Maudit l’homme qui met sa confiance dans un mortel. Par opposition à cette autre phrase, Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur. C’est l’attitude du pauvre Lazare. Mes amis, quand les relations, les rapports humains ne sont pas subordonnés à la relation à Dieu, il y a une dérive. Et on peut si facilement tomber dans l’idolâtrie signifiée ici par la richesse. Coupée de Dieu, coupée de cette relation avec Dieu, la charité se dénature en amour de convoitise, c’est-à-dire en préoccupations démesurées de soi et souvent d’indifférence devant les autres.

VEUX-TU SUIVRE JÉSUS ? Dans cette parabole, la figure de Lazare vient nous redire le choix de Jésus, le choix préférentiel de Jésus pour les pauvres. Au fond, l’élévation de Lazare porté par des anges ne fait que prolonger l’orientation de toute sa vie. Elle concrétise l’aspiration de son cœur. Le riche qui, en passant, dans l’évangile est un sans nom, rejoint, lui aussi, le lieu de son désir. Comme il a vécu pour jouir des biens de la terre, c’est logiquement vers elle qu’il descend.

Mais toi, VEUX-TU SUIVRE JÉSUS ? La réponse nous appartient. Dans quel amour, dans quel désir sommes-nous enracinés ? À quoi aspire notre cœur ? Tendons-nous vers l’amour de Dieu et le désir de vivre selon son plan à Lui qui, dès à présent, rend notre vie féconde en attendant d’être comblés dans la vie éternelle ? Ou bien tendons-nous vers l’amour de nous-mêmes et nos seuls désirs égoïstes qui stérilisent et empoisonnent notre vie et nous empêchent de monter vers Celui qui nous attend ? Il ne faut pas avoir peur de regarder ces questions de fond. Ce temps de carême, de conversion nous invite à un regard lucide et à une réponse à l’appel du Seigneur. Vous vous souvenez le mercredi des cendres cette lecture biblique, cet appel, comme ce cri de la part de Dieu : Revenez à moi de tout votre cœur.

VEUX-TU SUIVRE JÉSUS ? Le pape Benoît XVI a répondu oui à cette question. Hier, lors de sa dernière audience publique sur la Place Saint-Pierre, il a affirmé ces mots qui confirment son oui à la suite de Jésus. Je le cite :” Lorsqu’il y a presque huit ans, j’ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j’ai eu la ferme certitude qui m’a toujours accompagné : la certitude de ce que la vie de l’Église découle de la Parole de Dieu. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, les mots, qui ce 19 avril, ont été prononcés dans mon cœur étaient : Seigneur, pourquoi me demandes-tu cela ? Que me demandes-tu ? C’est un grand poids que tu déposes sur mes épaules, mais si tu me le demandes, à ton ordre et malgré toutes mes faiblesses, je jetterai en toi les filets. Huit ans après, poursuit Benoît XVI, je peux assurer que le Seigneur m’a guidé. Il m’a été proche et j’ai pu sentir sa présence chaque jour. Et c’est pourquoi, aujourd’hui, mon cœur est rempli de gratitude envers Dieu parce qu’il n’a jamais, jamais abandonné son Église ni ma personne. Il m’a apporté sa consolation, sa lumière, son amour.”

Et nous, frères et sœurs, VOULONS-NOUS SUIVRE JÉSUS ?

Après un moment d’intériorité nous permettant de répondre aux interrogations qui nous sont posées, la célébration eucharistique se poursuit dans un climat de ferveur.

Avant la bénédiction finale, Mgr nous dit sa fierté de voir présents à cette cérémonie les séminaristes. Il nous invite à prier pour eux et pour les jeunes, membres de communautés nouvelles. Puis, il nous rappelle, non sans un sourire, les paroles du pape lors de sa dernière rencontre avec les cardinaux : « Il y a parmi vous le prochain Pape.» Puis avec humour, notre archevêque ajoute : « Il y a peut-être parmi nous, ce soir, un futur évêque ou archevêque ou pape de l’Église, on ne le sait pas. Mais je vous demande, chers amis, de continuer de prier pour nos séminaristes et de prier pour que le Seigneur appelle et qu’il y ait des jeunes qui continuent de répondre : me voici, oui je veux te suivre, Jésus. Je veux, comme toi, donner ma vie et servir. Continuons, chers amis, de porter cette intention si importante pour notre Église. »

Ensuite à la demande du célébrant, nous récitons ensemble la prière composée pour cette période d’attente et Mgr Lacroix nous invite à apporter cette prière et à la réciter chaque jour. Il remercie ensuite pour l’accueil si chaleureux de cette communauté chrétienne et nous dit sa joie d’avoir partagé cette célébration. Mais habité par l’importance primordiale pour l’Église du temps que nous vivons, il ne peut s’empêcher de nous rappeler encore les ultimes paroles publiques de notre bien-aimé pape Benoît XVI prononcées sur le balcon de sa résidence temporaire à Castel Gondolfo : Avançons ensemble avec le Seigneur pour le bien de l’Église et du monde. Mgr Lacroix enchaîne : En partant d’ici, soyons conscients, frères et sœurs que nous avançons ensemble dans la communion avec le Seigneur pour le bien de l’Église et pour le bien du monde. Demandons au Seigneur qu’il nous bénisse afin que nous puissions accomplir cette noble mission. »

La chorale entonne le chant de sortie : Honneur à ta mémoire. La procession défile et Mgr Lacroix avec son large sourire serre la main des paroissiens, paroissiennes qui se pressent pour le rencontrer.

Merci pour cette belle célébration ! Puisse le ciel entendre les prières pour notre pape émérite Benoît XVI et l’Esprit de Pentecôte souffler sur les cardinaux qui participeront au conclave !

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