Sur l’importance de dévoiler les abus sexuels

Depuis 2003, un document du nom de Crimen Sollicitationis revient périodiquement dans l’actualité. Ce document envoyé en 1962 directement aux évêques catholiques du monde entier portait principalement sur des normes à suivre suivant des sollicitations commises par des prêtres pendant le sacrement de la réconciliation. On peut le lire (en anglais) sur le site Web du Vatican.

En 2010, le « promoteur de justice », Mgr Charles J. Scicluna (un Canadien, maintenant évêque à Malte) a donné cette entrevue à la revue italienne Avvenire qui donne un éclairage très intéressant sur les objectifs de ce document. En voici un extrait (la traduction complète en français se retrouve ici sur le site du Vatican).

Q. – Monseigneur Scicluna, vous avez une réputation de dur, et pourtant l’Église est systématiquement accusée d’être accommodante envers les prêtres pédophiles.

R. – Dans le passé, par une mauvaise interprétation de la défense de la réputation de l’institution, des évêques peuvent avoir fait preuve d’indulgence face à ces tristes affaires. Ils l’ont été dans la pratique car au niveau des principes la condamnation des ces crimes a toujours été ferme et sans équivoque. Pour ce qui est du siècle dernier, il suffit de citer l’instruction « Crimen Sollicitationis » de 1992… (…) Si la première édition de ces mesures remonte à Pie XI, le Saint-Office en fit une nouvelle version sous Jean XXIII, destinée aux Pères conciliaires. Mais les 2 000 copies ne suffisaient pas et la distribution fut renvoyée sine die. Quoiqu’il en soit, il s’agissait de normes à suivre en cas de révélations faites en confession de crimes plus grave et de type sexuel, comme les viols sur mineurs…

Q. – Ces normes recommandaient le secret.

R. – Une mauvaise traduction anglaise du texte a fait penser que le Saint-Siège imposait le secret pour occulter les faits, mais il n’en était pas ainsi. Le secret de l’instruction servait à protéger la réputation des personnes impliquées, les victimes comme aussi les prêtres accusés, qui ont eux aussi droit à la présomption d’innocence. (…)

Toujours en 2010, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, rappelait (texte intégral ici) :

« Il a été suggéré qu’il existerait (…) une relation entre l’application de Crimen Sollicitationis et l’absence de dénonciations aux autorités civiles de ces abus sur enfants. En fait, il n’y en a pas. En effet, contrairement à certaines déclarations qui ont circulées dans la presse, ni le Crimen, ni le Code de droit canonique n’ont interdit la dénonciation de cas d’abus sur enfants aux autorités de police ».

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Le caractère privé d’enquêtes internes de l’Église peut parfois nous étonner. Pourquoi pas plus de transparence? L’Église procède pourtant de la même manière que la justice civile à ce sujet. À titre d’exemple, les enquêtes civiles au Québec ne sont pas publiques, les accusations et le procès le sont. La même règle s’applique en droit canon (droit de l’Église catholique), pour que le seul fait d’être sous enquête ne donne pas apparence de culpabilité. Par mesure de précaution, ajoutons que dès que quand des allégations d’inconduite et/ou d’agressions sexuelles pèsent sur un mandaté de l’Église catholique de Québec, il est relevé temporairement de son ministère le temps que la lumière soit faite au sujet des faits reprochés (notre protocole diocésain en cas d’allégation d’inconduite et/ou d’agression sexuelle par des ministres ordonnés et des personnes mandatées en pastorale est disponible en ligne).

Au Québec, le signalement d’abus sexuels sur des mineurs à la direction de la protection de la jeunesse est obligatoire et tous et toutes doivent y souscrire, bien évidemment. Cet esprit de tolérance zéro nous habite pour que plus jamais des comportements déviants de représentants de l’Église, de terribles contre-témoignages chrétiens, ne se répètent.

Plus jamais.

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