Retour sur les propos du sénateur Boisvenu

 

Notre revue Pastorale-Québec a reçu copie cette fin de semaine d’une lettre à l’intention du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu , dont les propos ont animé bien des conversations depuis le 2 février dernier. En cette Semaine de prévention du suicide, nous vous la partageons:

Monsieur le sénateur,

Si vous aviez parlé en votre seul nom de père éploré, j’aurais compris malgré la dureté de votre propos. Mais, rendez-vous compte de ceci, vous êtes le porte-parole officieux du gouvernement ! Ne connaissez-vous pas l’inestimable valeur d’une seule vie humaine sur cette Terre ? Sinon, et je suis peinée de vous le demander, êtes-vous vraiment qualifié pour nous représenter ?

Certains diront que ça coûte cher de garder ces prisonniers derrière les barreaux. C’est vrai. Mais depuis quand opposons-nous Vie et argent ?

Loin de moi l’idée de déresponsabiliser les criminels ou de les excuser mais interrongeons-nous. Ne sommes-nous pas tous et toutes un peu responsables de la déchéance de notre société ?

Je frémis pour les personnes en détresse qui vous ont entendu du fond de leur cachot et je pleure pour leur famille. Vous connaissez pourtant la souffrance d’avoir perdu des enfants ? La mère de Jeffrey Dahmer, un tueur en série américain, a dit un jour en entrevue quelque chose comme ceci : « Pour tous, il était un monstre, mais pour moi, c’était mon fils, mon enfant. »

Plusieurs vous appuient, ce qui me décourage complètement. Et même si des milliers de personnes vous appuient, est-ce la “bonne chose” à faire ?

Sommes-nous encore à l’heure de la loi du talion « oeil pour oeil, dent pour dent » ? Et si on rendait le bien pour le mal ? Il y a toujours un ressac à nos paroles et à nos actions…

Rappelons-nous les valeurs fondamentales qui devraient nous éclairer dans notre quotidien : l’accueil, la compassion, le respect de l’autre, l’esprit de service, l’amour des petits, des laissés pour compte, la tolérance, la paix, la tendresse… « Je ne connais pas d’autres marques de supériorité que la bonté. » déclarait Ludwig van Beethoven. Il faut s’élever, devenir plus grands, avoir des idéaux plus nobles. Oui, les meurtriers et les prédateurs sexuels ont mal agi, sans conteste. Je n’approuve pas leurs gestes souvent crapuleux, inacceptables. Je n’accueille pas non plus les paroles haineuses, les assassinats verbaux…

Je crois que l’être humain est appelé à une plus haute destinée que celle de la piastre $$ et de la vengeance. Bien oui, je comprends votre colère, Monsieur Boisvenu. Vous avez un grand vide dans l’âme et je sympathise. Mais deux maux ne font pas un bien.

Et si nos jeunes vous avaient entendu ? Quel message leur donnez-vous ? Leur proposons-nous le suicide comme solution à leurs problèmes?

Pesons bien nos paroles. Une pensée lancée en l’air peut se cristalliser dangereusement. Réfléchissons ensemble ! Tout être humain, sans exception, a droit à sa dignité et tant qu’il n’est pas enterré six pieds sous terre, nous devons garder espoir en son potentiel créateur… n’est-ce pas ? L’Être humain est beaucoup plus que ses actions. Et lorsqu’un de nos semblables est au fond de l’abîme, offrons-lui, plutôt qu’une corde pour se pendre, une main secourable.

Courage !

Pensée :

• “Il n’existe pas d’autre voie vers la solidarité humaine que la recherche et le respect de la dignité individuelle”.
L’homme et sa destinée, Lecomte de Nouy

Lysette Brochu

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