Les multiples ressorts de la violence sexuelle

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, janvier-février 2018

Par Thérèse Duval
Répondante diocésaine à la condition des femmes

Nous sommes plongés depuis quelques temps dans une avalanche de dénonciations d’abus et d’agressions sexuelles, majoritairement subies par des femmes. Ça ne date pas d’hier, déjà dans l’Antiquité, les guerriers étaient encouragés à se battre pour prendre les femmes comme butin de guerre. Nous pourrions nous croire encore à un telle époque quand nous apprenons que les femmes, les jeunes filles et les jeunes garçons des peuples déracinés sont des proies sexuelles. Ici même au Canada, les autochtones ont été et sont encore victimes de violences sexuelles. Aucun milieu n’y échappe, la politique, le monde du spectacle… les différentes confessions religieuses sont aussi éclaboussés. Nous aimerions parfois fermer les yeux, dire que cela a toujours existé mais pourquoi, encore en 2018, cela a-t-il cours? Comment se fait-il que notre humanité vive encore cette violence faite aux femmes et aux enfants?

Je n’ai pas de réponse, mais beaucoup de questionnements. Quand nous savons tout le mal, toutes les conséquences sur la vie des personnes abusées, violées: atteinte à l’estime de soi, à la confiance, l’enfermement, la douleur physique, le mal à l’âme, la perte de sens, la peur, et parfois, devenus adultes, la possibilité de répéter les gestes subis. Une médecin française estimait que 74% des personnes qui se prostituent ont vécu des abus et des violences sexuelles. Ce n’est vraiment pas banal.

Dans un article récent du Soleil (7 octobre 2017), intitulé « La porno sur Internet modifierait le cerveau des jeunes », le neurochirurgien américain Donald Hilton évoquait les ravages provoqués sur de jeunes cerveaux par les films pornographiques violents. Il ajoutait : « beaucoup de recherches scientifiques démontrant que le sexe, et tout particulièrement la pornographie sur Internet, peut entraîner une grande dépendance… La pornographie est en train de détruire la faculté de ressentir des émotions ». Il précisait: « 93% des garçons et 62% des filles de moins de 18 ans ont été exposés à la pornographie sur Internet. Et une étude sur les 250 films les plus populaires indique que 88% des scènes contiennent des agressions physiques sur les femmes… Pouvons-nous vraiment dire que les films pornographiques sont une bonne chose que tout le monde devrait regarder quand ses acteurs subissent des violences? Les hommes prennent du plaisir à voir des femmes en souffrance sur leur écran d’ordinateur ».

De plus, Le Soleil du mercredi 29 novembre nous indiquait (« Abus sur le campus ») que, selon un sondage interne, jusqu’à 40% des répondants, de la population étudiante et la du personnel de l’Université Laval, auraient subi différentes formes de violence sexuelle; en sachant toutefois que seulement une petite minorité a répondu à l’enquête, soit près de 2 000 sur les 42 000 personnes qui constituent la communauté universitaire. D’ailleurs, les chercheuses de Laval prennent bien soin de spécifier dans leur rapport: « ces taux ne peuvent être vus comme représentatifs de (toute) la population universitaire de l’Université Laval » (Avertissement, p.7).

Il y a aussi toute cette violence invisible, sournoise, subie au quotidien et qui mène parfois à la violence sexuelle. Je trouvais dernièrement, sur le site d’Amnistie internationale, un tableau intitulée « L’iceberg de la violence sexiste». Il peut nous amener à réfléchir sur la partie invisible de la violence que nous pouvons vivre ou faire vivre dans nos différents milieux de vie, peut-être souvent sans que nous le réalisions.

https://sanscompromisfeministeprogressiste.wordpress.com/2016/07/18/liceberg-de-la-violence-sexiste/

On pourrait multiplier les exemples. Nous restons avec beaucoup de questions, peu de réponses, des pistes de réflexion et de la confiance face à toutes ces dénonciations qui permettront, espérons-le, de ne plus banaliser des comportements inadéquats, de prendre conscience de nos actes, d’aller de l’avant et de vivre, femmes et hommes, en égalité et en dignité humaine.

La Déclaration universelle des droits de l’homme, dans son premier article, déclare que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Nous, chrétiennes et chrétiens, nous avons aussi la Parole de Dieu qui nous rappelle que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.  Elle nous invite à voir en toute personne le Christ, le Christ souffrant dans les situations nommées ci-haut. Puissions-nous, collectivement, être des agentes et agents de résurrection pour toutes ces personnes souffrantes.