« L’eau du baptême nous fait revivre » … et réchauffe par grand froid !

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, janvier-février 2019

Par René Tessier

Une première pour la Fête interculturelle diocésaine, ce 13 janvier, pour sa 13e édition: l’événement se tenait en l’église Sainte-Monique-les-Saules. Et l’église était totalement pleine, chœur, nef et jubé: environ 900 personnes!

La célébration, coïncidant avec la fête du Baptême de Jésus, avait pour thème : « Par l’eau du baptême, il nous a fait renaître ». Le chant d’entrée donnait d’ailleurs le ton : « Chacun reçoit la grâce de l’Esprit… » Après un bref mot de bienvenue par le curé intérimaire (administrateur, dans notre langage canonique) Gilles Laflamme, le cardinal Gérald C. Lacroix a voulu saluer l’assistance en portugais, en espagnol, en vietnamien, en langue huronne-wendat, en anglais, en français et en malgache. L’effort en malgache a été particulièrement applaudi. Après avoir évoqué la « grande joie » qui entoure chaque fois ce rassemblement annuel des diverses communautés culturelles, il a souligné la présence de plusieurs anciens et actuels missionnaires, religieuses et religieux ainsi que plusieurs laïques.

Au cœur de la cérémonie, il y avait le baptême d’Atsé Marie Ivanna, deux mois, la fille d’un couple récemment arrivé de Côte d’Ivoire. Les parents et la marraine ont répondu, avec une spontanéité peu fréquente chez nos concitoyens québécois, qu’ils demandaient pour elles d’entrer dans la foi de l’Église. La première lecture (Isaïe 40, 1-11) a été proclamée en espagnol, par une Colombienne d’origine; c’est une jeune Malgache qui a lu, dans sa langue d’origine, la 2e lecture (Tite 2, 11-14; 3, 4-7).  Le diacre Arismendy Lozada, pasteur attitré de la communauté latino-américaine de Québec, a fait la lecture de l’Évangile (Luc 3, 15-16 et 21-22).

L’homélie a duré moins de 10 minutes. Le cardinal Lacroix l’avait d’ailleurs amorcée par une de ces blagues dont il a le secret : « Si vous voyez les gens s’endormir, vous de la chorale, ne craignez pas de rechanter l’Alleluia! » (Il faut dire que cette acclamation avait totalement soulevé l’assistance.) La quête de Dieu, enfin trouvé précédemment par les Mages et encore recherché par tant d’autres, était au cœur de cette brève allocution. « La Bonne Nouvelle du Christ nous a rejoints tous et toutes, c’est ainsi que nous nous retrouvons ici, d’une même voix (ou voie?) ». Le baptême, a rappelé l’Archevêque de Québec, « nous incorpore de manière unique dans la vie de Dieu » et nous donne de nous associer à cette communion qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint, tout en faisant de nous une grande famille. Il a émis un souhait insistant : « Apprenons à dire, non pas “nous avons été baptisés”, mais bien, plutôt “nous sommes baptisés”. » Si nous traversons forcément des périodes plus difficiles dans notre vie chrétienne, nous pouvons nous souvenir que Dieu, lui, ne nous abandonne jamais. N’était-ce pas déjà, autrefois, l’expérience du peuple de Dieu « dont l’histoire n’a pas toujours été sainte, qui a maintes fois rompu l’alliance avec le Seigneur »? Du reste, les personnes qui ont dû fuir leur pays pour trouver refuge chez nous ou ailleurs ont pu voir là à quel point notre Père de ciel prend soin de tous ses enfants.

Le baptême d’Atsé Marie Ivanna nous aura permis d’assister de visu à une entrée dans la vie de l’Église. Le cardinal Lacroix l’a prise dans ses bras pour la promener à travers les allées et la présenter à toute l’assistance. Le geste paraissait bien prévu; chose certaine, la chorale a su l’accompagner immédiatement d’une musique très appropriée.

Ce sont cinq pré-ados, filles et fils de migrants, qui ont lu les intentions de prières, encore plus universelles qu’à l’habitude. Trois autres adolescentes et une jeune famille de quatre membres ont présenté les offrandes pour la suite de la liturgie eucharistique. La Prière eucharistique (#II) a été énoncée en français, en espagnol, en anglais et en italien.

Après la communion, Pascal-André Charlebois, animateur régional de Développement et paix (D+P), nous a lancés dans la campagne 2019 de l’organisation catholique canadienne : « Partageons le chemin ». Pas moins de 31 personnes par minute, a-t-il souligné, fuient leur pays; « ce qui donne 68 millions de migrants, soit une personne sur 110, sur notre planète qui héberge 7 milliards et demi d’habitants ». La présidente diocésaine de D+P, Elisabeth Garcia, a raconté son départ précipité de Colombie, en 2009 : « Il me fallait apporter 30 ans de vie dans seulement 23 kilos de bagages autorisés en avion ». Elle qui travaillait là-bas comme avocate a dû, ici, reprendre ses études en droit. Avec émotion, elle nous a confié, sous de vifs applaudissements, avoir trouvé au Canada sa « Terre promise ».

De fait, on pouvait sentir un authentique bonheur d’être ici au sein de ces multiples communautés, plus ou moins fraîchement arrivées parmi nous. Le ministre fédéral Jean-Yves Duclos, qu’on a vu se déhancher lui aussi durant la célébration, s’en réjouissait certainement. Non pas que l’existence soit devenue enchantée comme par magie; mais bien, comme le disait le cardinal Lacroix dans son homélie, il valait la peine, tout simplement, de fêter dignement tout ce qui nous rapproche et tout ce qu’en Église les diverses communautés culturelles peuvent s’apporter les unes aux autres. Cette messe en a vraiment pris des airs d’action de grâces.