Le Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, janvier-février 2019

Entrevue avec le cardinal Lacroix

Propos recueillis par René Tessier

Du 3 au 25 octobre dernier, le cardinal Lacroix, invité personnellement par le pape François, prenait part au Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, à Rome. Nous l’avons interrogé sur cette expérience quelque temps après son retour à Québec.    R.T.

 

Q: Bonjour, m. le cardinal, et merci de nous accorder quelques instants. C’était déjà votre troisième Synode des évêques…

R: Oui, déjà! J’ai participé d’abord à celui sur la nouvelle évangélisation et la transmission de la foi chrétienne, puis à celui sur la famille, et maintenant à celui-ci, sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.

Q: Et ce Synode a été précédé, entre autres, d’une grande consultation en ligne (sur l’internet) auprès de dizaines de milliers de jeunes?

R: Oui. Ça, c’était la dernière étape préparatoire. Pas moins de 100 000 jeunes ont répondu. Ce n’est pas rien, autant de jeunes dans le monde entier, âgés entre 18 et 35 ans, qui nous apportent leurs points de vue, leurs questions, leurs préoccupations… Mais il y avait aussi eu auparavant une consultation dans plusieurs diocèses comme le nôtre, qui a produit un beau rapport. Les conférences épiscopales, des groupes, des communautés, ont fait parvenir au secrétariat des synodes le résumé de ce qu’ils avaient recueilli. Il y avait eu aussi un pré-synode à Rome, en mars dernier, avec 300 jeunes (voir l’article de l’abbé Luc Paquet dans le Pastorale-Québec de juillet-août 2018).

Q: Ce qui nous donne au total de nombreuses consultations?

R: Et c’est heureux! D’ailleurs, nous avons passé la première semaine du Synode à regarder, à écouter la réalité des jeunes dans l’Église et le monde d’aujourd’hui. Ce sont eux qui nous aidés à la découvrir. Certes, nous savions déjà un certain nombre de choses à ce sujet mais ça demeure leur monde. Il est important que nous puissions le saisir à travers leurs yeux, que nous comprenions leur perspective…

Q: Mais cette réalité des jeunes, on imagine qu’elle peut différer beaucoup d’un continent à l’autre, pour ne pas dire: d’un pays à l’autre?

R: De fait, il y a une grande diversité mais, en même temps, on remarque des constantes. Par exemple, les défis du monde numérique, les opportunités et les inconvénients de l’internet, comme l’isolement et le repli sur soi qu’il peut provoquer, s’imposent en Afrique comme en Asie ou en Occident. La dépendance aux réseaux sociaux, la pornographie gratuite et plus répandue, ça se voit partout. D’autres problématiques, comme les migrations forcées, qui sont d’abord le fait des jeunes adultes et des jeunes familles, sont plus spécifiques à certaines parties du globe. L’éducation de la foi ne se présente pas de la même manière ici et en Afrique: un jeune de là-bas nous disait qu’il ne comprend pas comment il peut y avoir si peu de jeunes dans nos églises, pourquoi nos mouvements de jeunes sont si peu fréquentés et si peu actifs. Dans plusieurs pays, la moitié de la population a encore moins de 18 ans. Les jeunes sont donc beaucoup plus nombreux mais, surtout, ils n’ont pas perdu le contact avec l’Église comme ici. Qui plus est, l’éducation catholique, avec son réseau de collèges et d’institutions, exerce là-bas un rôle important. Ça aide, quand c’est bien fait.

Q: La démarche du Synode était calquée sur la pédagogie de Jésus avec les disciples d’Emmaüs (Luc 24). C’est un épisode évangélique qui vous est très familier, n’est-ce pas?

R: (Sourire) Oui, c’est un passage que j’apprécie beaucoup. Mais je voudrais d’abord souligner que je ne connais pas d’autre organisation qui accorde autant d’importance aux jeunes. Un grand événement international, à portée universelle, où on s’arrête pendant presque un mois pour écouter la jeunesse et réfléchir avec elle sur les moyens de lui faire une place. Connaissez-vous beaucoup de groupes qui en feraient autant? C’est un très bon point pour notre Église, je pense. Avec nous en octobre, il y avait 36 jeunes, appelés auditeurs; ils participaient pleinement, ils avaient droit de parole au même titre que les évêques, soit quatre minutes chacun dans la plénière et temps illimité dans les ateliers linguistiques.

Q: Je crois qu’il y avait deux jeunes Africaines dans l’atelier francophone où vous siégiez?

R: Oui. L’une était avocate, l’autre travaillait en Action catholique pour la conférence épiscopale de son pays. Ces jeunes adultes et les autres faisaient régulièrement référence aux consultations, au pré-synode… Les jeunes ont vraiment apporté leurs couleurs pour nous aider à réfléchir.

Q: L’autre jour (à une réunion diocésaine), vous nous signaliez l’insistance de jeunes, vous répétant : « N’allez pas diluer le message de l’Évangile dans l’espoir d’attirer davantage » ?

R: Plusieurs jeunes ont dit cela. Ce ne sont probablement pas les exigences du message évangélique qui en gardent d’aucuns à l’écart. Ce sont plutôt les incohérences observées, ou au moins l’impression que plusieurs pasteurs ne pratiquent pas ce qu’ils prêchent, ceux qui mènent une double vie, ou qui aiment exercer l’autorité plutôt que de donner le bon exemple…Ils ont souhaité ouvertement « une Église courageuse ».

Q: Dans le document final du Synode, on reconnaît aussi la difficulté, dans plusieurs paroisses et milieux, à faire vraiment confiance aux jeunes, les hésitations à leur confier des responsabilités…

R: Ça peut se voir d’ailleurs chez nous. Des jeunes parfois viennent de vivre une expérience de conversion et sont invités à s’insérer dans une communauté paroissiale mais des personnes qui sont là depuis des années refusent de leur faire de la place. Une autre chose que les jeunes nous ont fait remarquer: « SVP, ne parlez plus de l’Église et des jeunes, ou de l’Église face aux jeunes, comme si nous étions en-dehors de celle-ci ». Il vaut mieux parler des jeunes dans l’Église, car alors on reconnaît leur appartenance, tout en acceptant de considérer leur spécificité. C’est fort, tout de même; s’ils l’expriment, c’est qu’ils se sentent parfois exclus en pratique de la communauté.

Q: Vers la fin du Synode, n’avez-vous pas accompli un pèlerinage à pied, à la suggestion des jeunes auditeurs?

R: Effectivement, l’idée nous a été proposée par eux. C’était peu de temps avant la fin de l’exercice synodal. Ils nous ont dit : « Nous parlons de faire route ensemble, c’est bien beau, mais ça fait deux semaines que nous sommes assis, ne pourrions-nous pas marcher ensemble? » La suggestion nous a fait sourire d’abord mais, dès le lendemain, et le Conseil pontifical pour l’évangélisation, dont le président, Mgr Fisichella, avait préparé de multiples pèlerinages durant le Jubile de la miséricorde, a très rapidement organisé celui-ci, qui nous a conduits ensemble, avec d’autres jeunes et des religieux et religieuses, sur une des collines de Rome. Ce fut une matinée exceptionnelle. Nous avons pu mieux nous connaître, nous échangions en chemin. Par exemple, un jeune s’est approché de moi pour me demander de lui raconter l’histoire de ma vocation; après quoi je lui ai demandé « Et toi, qu’est-ce qui t’a amené ici? » Plusieurs en ont profité pour se confesser, d’autres marchaient simplement, en silence. J’ai vraiment senti que cela nous a rapprochés; nous sentions davantage que nous marchions ensemble dans ce Synode.

Q: Et justement, de l’ensemble de ce Synode, que retenez-vous surtout? Le document final rendu public insistait sur l’importance d’écouter davantage ce que les jeunes ont à dire?

R: Écouter les jeunes, assurément. Concrètement, ça exige d’assurer une certaine proximité, on ne peut pas se contenter d’écouter à distance. De plus, les jeunes ont beaucoup souhaité ― en fait, pas seulement eux, mais nous aussi, les évêques ― que nous puissions les aider à discerner comment et où s’engager. Ils veulent être accompagnés dans leur quête de sens, dans leurs choix vocationnels, et ils nous ont redit que, nous les pasteurs, nous avons un rôle à exercer à leurs côtés. C’est notre responsabilité, après tout. Ils réclament, avec raison, des accompagnateurs compétents, bien formés pour les soutenir aux plans humain et spirituel.

Q: Ils auraient du mal à les trouver, peut-être ?

R: Clairement, oui. C’est très entendu. Dans notre Église, globalement et certainement chez nous, il y a présentement pénurie de personnes qui sauraient écouter et accompagner. Ça se vérifie aussi auprès des familles, par exemple, mais puisque nous parlons ici des jeunes adultes et qu’ils en auraient particulièrement besoin, nous avons un réel défi pastoral : il faudrait pourvoir des personnes aptes, compétentes avant tout, qui sauront quoi dire et ne pas dire; des personnes aussi ouvertes et disponibles, car l’accompagnement exige beaucoup de temps et s’éprouve par la longueur du murissement. Le 3e chapitre de notre document traite d’ailleurs de la nécessité de former adéquatement plus de personnes accompagnatrices.

Q: Vous parlez de « personnes accompagnatrices »; ce qui sous-entend que certaines de celles-ci seront des femmes?

R: Absolument. Il en faut, tant dans la formation à la vie consacrée que dans la formation des prêtres. Au Synode, nous étions bien d’accord là-dessus. Dans notre diocèse, cela fera bientôt 40 ans qu’il y a toujours au moins une femme au sein de l’équipe responsable du Grand Séminaire. Certes, ailleurs, le principe reste parfois à être mis en oeuvre concrètement. Dans certains pays, il y a encore peu de séminaires qui comptent sur des femmes pour la formation des futurs prêtres; les instituts de vie consacrée masculins n’en ont pas tous eux non plus. Mais, de plus en plus, la complémentarité de l’homme et de la femme s’impose comme un enrichissement incontournable. Quand nous formons nos prêtres, nous les préparons à une mission où la moitié des personnes devant eux seront des dames et des jeunes filles.

Q: Précisément, ou plus largement, la question de la place de la femme dans notre Église m’a paru très récurrente dans le document final? Les jeunes ne seraient-ils pas encore lus sensibles que leurs aînés à la complémentarité et à l’égalité des deux sexes?

R: En effet : ils proviennent d’une société qui porte beaucoup ces questions, ils ont grandi là-dedans et n’ont pas connu le monde où les rôles respectifs pouvaient être stéréotypés. Oui, on parle beaucoup de l’égalité, de la parité à tous les niveaux. Dans l’Église, nous, nous visons avant tout la complémentarité. L’égalité, bien entendu, l’égalité en droit, l’égalité fondamentale de par notre dignité commune d’enfants de Dieu, l’égalité de tous les êtres humains devant Dieu et entre nous… Il n’en reste pas moins que le Seigneur nous a créés différents, avec nos sensibilités, nos approches différentes. C’est pourquoi il serait insensé que nos séminaristes soient formés uniquement entre hommes. Nous avons continuellement à nous découvrir les uns les autres, à nous respecter profondément dans la pluralité de nos regards, nos approches, hommes et femmes, plus jeunes et plus vieux, de cultures multiples…Le défi de la vie en Église, c’est de parvenir à une complémentarité qui sait intégrer toutes ces expériences et nos présupposés culturels.

Q: L’autre jour, vous évoquiez aussi le Forum des jeunes, que l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) a tenu l’an dernier, en vue de ce Synode…

R: Je n’y ai pas assisté. Seulement quelques évêques y étaient invités. L’AECQ a produit un volumineux rapport des échanges, que nous avons remis au pape François. Les jeunes se seront finalement exprimés par un grand nombre de canaux.

Q: Une des difficultés des jeunes au sein de notre Église ― ce qui n’est pas le cas ailleurs, comme vous l’indiquiez précédemment, c’est qu’y étant très peu nombreux, ils ne peuvent guère occuper beaucoup d’espace. Du reste, ils vivent mal, parfois, d’être seulement deux ou trois parmi des dizaines d’adultes bien plus âgés qu’eux?

R: C’est vrai que la situation est bien autre en Afrique et en Amérique latine. En revanche, en Europe, on a vu naître des vagues de jeunes chrétiens engagés, issus de mouvements ou de communautés nouvelles, qui ne craignent pas de s’affirmer et d’afficher ouvertement leur foi. Chez nous au Québec, reconnaissons-le, il n’en va pas ainsi. Nous avons encore un service de pastorale universitaire dynamique, par exemple, ou dans certains collèges, mais finalement ils ne réunissent qu’un petit nombre d’étudiantes et étudiants. Les communautés nouvelles restent celles qui, plus que nos paroisses, réunissent des dizaines de jeunes. Sauf exception, nous n’avons guère trouvé le moyen, dans nos mouvements, de rassembler et motiver un bon contingent de jeunes. Ce qui me rappelle un point souligné au Synode, tant par les jeunes que les évêques : nos communautés nouvelles savent bien rassembler mais elles méritent aussi d’être accompagnées pour s’assurer que la liberté intérieure des membres soit respectée en tout temps. Nous sommes obligés de constater la désaffectation de plusieurs jeunes qui avaient pourtant cheminé longtemps, intensément; parmi ceux-ci, un certain nombre, malheureusement, qui avaient fait des vœux, ou même qui s’étaient rendus au diaconat et au presbytérat. Ils ont été très fervents un temps mais ils étaient peut-être trop portés par le groupe, aux dépens de leur cheminement intérieur, personnel et libre. Laissés à eux-mêmes, ils peuvent se décourager vite et tout abandonner. Il faut leur offrir un meilleur accompagnement.

Q: Si je mets à la place d’un-e jeune qui aurait, disons, entre 15 et 25 ans dans le Québec actuel, je me dis : ce ne doit pas être simple de discerner à quoi on est appelé dans le monde et dans l’Église?

R: Non, ce n’est pas évident du tout. D’ailleurs, il faut d’abord avoir découvert notre vocation fondamentale : l’appel à la vie chrétienne et à la sainteté à travers celle-ci. Une fois cela atteint ― ou au moins bien compris, on peut envisager à quoi on est appelé plus spécifiquement: à la vie missionnaire, à fonder une famille, à se donner dans la vie religieuse, au célibat, à la prêtrise… Les vocations particulières ne peuvent que s’enraciner d’abord dans la vocation chrétienne, toujours première. Si on n’y prend garde, on peut se faire illusion avec des jeunes plus ou moins désemparés qui s’accrochent à un groupe ou une communauté, peut-être même une paroisse, parce qu’ils y vivent bien à l’abri des défis de notre temps…

Q: …bien protégés des soubresauts de l’existence, sans responsabilité à exercer, à la limite sans avoir de décisions à prendre quotidiennement?

R: Ça peut arriver, malheureusement. Ce n’est jamais heureux. Le groupe chrétien peut être non seulement ressourçant, mais aussi apaisant et gratifiant, au point d’entraver le développement de la personne. Le jeune se dira « Enfin, j’ai trouvé ma place » et ce refuge l’aidera à se couper de la réalité extérieure, perçue comme menaçante.

Q: De toute manière, il lui faudra, tôt ou tard, retourner dans le monde et faire face aux enjeux habituels de l’existence?

R: Tôt ou tard, comme vous dites, certainement. Remarquez : ce n’est certainement pas anormal de s’offrir un temps d’accalmie, de passer par des étapes de formation, de vivre une lune de miel spirituelle, de prendre le temps de se former. Nos stades traditionnels du postulat et du noviciat dans les communautés, les expériences au Grand Séminaire, ont toujours favorisé cette maturation, Mais celle-ci a toujours été axée sur l’engagement à venir, elle ne peut pas faire oublier aux candidats la vie qui les attend au-dehors.

Q: La semaine dernière, j’observais une dynamique comparable dans le film La prière: une démarche probablement inspirée par celle du Cenacolo. Je relevais surtout que quand le jeune quitte le groupe qui l’a énormément soutenu dans sa thérapie, il se retrouve soudain seul avec lui-même et, n’étant plus encadré, il se cherche.

R: Oui, nous avons d’ailleurs accueilli à Québec, en octobre, le Cenacolo. Ils se sont montrés discrets dans leur présentation. Effectivement, retomber sur ses pattes, pour le jeune qui sort d’une expérience de groupe très intense, qui a pu provoquer une forme de conversion, voire d’extase, c’est un grand défi. C’est là que la communauté chrétienne pourrait jouer pleinement son rôle, offrir soutien et accompagnement à celui ou celle qui est toujours en train de se construire. Permettez-moi de rêver : nos paroisses pourraient y contribuer, à travers quelques-uns de leurs membres… Le Pape le disait: la paroisse devrait représenter le lieu par excellence du discernement et de l’accompagnement.

Q: Oups! Ne sommes-nous pas assez loin de cela, la plupart du temps?

R: Euh… probablement! En fait, c’est certain, nous en sommes bien loin; raison de plus pour y travailler. Rétablir le lien dans la communauté chrétienne entre ses jeunes, porteurs de rêves, pleins de créativité et d’espérance, qui voudraient changer le monde, d’une part; et, d’autre part, des plus âgés, qui ont pu tout donner, qui sont en fin de parcours, mais qui peuvent exercer une belle influence, qui peuvent conseiller et encourager.

Q: Sans doute, mais, en même temps, les jeunes n’ont-ils pas aussi besoin de lieux et de moments où ils se retrouvent entre eux pour célébrer ce qui les faits vivre?

R: Oh, certainement. Ça s’est dit à plusieurs reprises, au Synode. C’était la belle intuition de Jean-Paul II quand il a créé les Journées mondiales de la jeunesse, qui ont mobilisé des générations de jeunes croyants. Les fruits sont remarquables. De très nombreuses vocations sont issues de ces événements. Nous nous efforçons aussi, au plan local ou diocésain, de multiplier les rencontres semblables : JMJ diocésaine, vigile de la Toussaint, Montée-Jeunesse nationale tous les trois ans (en 2014, c’était à Québec; en 2017, à Sherbrooke; en 2020, ce sera à Gatineau-Ottawa) … Ça fait du bien, de telles activités. Au moins, ça regroupe des centaines de jeunes en cheminement, tout en leur permettant de réaliser qu’ils ne sont pas seuls à croire au Christ. J’étais en visite pastorale ces derniers jours et, le vendredi soir, nous avons vécu un temps de partage important avec de très jeunes familles, incluant des activités pour les enfants d’un côté et un échange avec moi pour les jeunes parents.

Q: Revenons au Synode même, avant de terminer.

R: Un élément important auquel nous avons consacré beaucoup de temps en octobre, c’est la formation des consciences. Nous avons d’abord identifié l’importance de la liberté intérieure, ce qui nous a conduits rapidement à la conscience. Comme l’a déjà déclaré le pape François: « Notre tâche consiste à former les consciences, pas à nous substituer à elles ». Éclairer les consciences, soutenir l’éveil intellectuel des jeunes, les accompagner sur la route des discernements à opérer, ce n’est pas mineur, c’est capital!

Q: On entend bien votre insistance. Ceci dit, pouvons-nous anticiper la parution d’une Exhortation apostolique post-synodale?

R: Je l’espère. Je suis même confiant. Le pape François n’a rien indiqué à cet égard mais on le sait très capable de nous livrer une réflexion magistrale. Attendons voir, nous devrions être agréablement surpris.

Q: Vous-même, vous avez été élu sur le comité organisateur du prochain Synode?

R: Plus que cela, mon cher René. J’ai été élu sur le Conseil ordinaire du Synode, ce qui veut dire que nous allons d’abord évaluer ensemble les travaux de celui-ci. Puis, si un projet d’exhortation apostolique post-synodale nous est soumis, nous aurons à émettre des commentaires, des suggestions… Une fois cela fait, il nous faudra aider le Saint-Père à déterminer le thème du prochain Synode, à partir de toutes les suggestions reçues. Bien entendu, je sais déjà, de ce fait, que je prendrai part au prochain Synode. Mais il y a beaucoup de travail qui nous attend d’ici là. Il faut croire que j’en manquais (rire)! Mais je suis content d’y participer. L’expérience synodale évolue beaucoup depuis quelques années, surtout avec le pape François. Je pense que cette rencontre internationale devrait permettre davantage la mise en valeur de nos cultures propres. Par-delà la diversité des langues, sachant que le latin est de moins en moins connu, les temps de prière, par exemple, pourraient permettre une plus grande appréciation des rites et référents culturels des uns et des autres. Heureusement, nous avons la tradition simultanée.

Q: Il me revient que le document final du Synode évoque à plusieurs reprises les scandales, dont plusieurs ont éclaté ces derniers mois dans l’Église. Aux États-Unis, un groupe de jeunes universitaires catholiques a lancé un pressant appel à une profonde conversion des mœurs. Si j’ai bien compris, les jeunes croyants ne veulent pas se laisser démobiliser par ces scandales mais ils tiennent impérativement à ce qu’un ménage se fasse?

R: Faire le ménage, sans doute. Il faut d’abord que nous ayons l’humilité de reconnaître ce qui ne fonctionne pas. Immédiatement après, mettre en oeuvre les changements requis dans nos structures de fonctionnement. La culture du silence, ce n’est plus tolérable; la dissimulation non plus. Les jeunes l’exigent, non sans raisons; du reste, ils ne sont pas les seuls. Mais je pense qu’au Synode, ils nous ont donné à entendre: apportez ces correctifs et nous serons capables de tourner la page. Je l’ai bien entendu : c’est horrible ce qui s’est passé. Il nous faut avoir le courage de changer de choses, jusque dans nos nominations.

Q: Avant de terminer, y aurait-il quelque chose d’important à ne pas oublier?

R: Une chose que j’aime répéter, qui me paraît fondamentale: ce Synode aura été une véritable injection d’espérance. Moi aussi, comme d’autres, sans être désespéré, j’en avais besoin; j’en suis ressorti ragaillardi. J’ay ai vu l’Esprit Saint au travail dans l’Église, à travers tous ces jeunes, à travers ces frères évêques qui ont su écouter et accueillir. Je n’en reviens pas d’avoir rencontré des jeunes d’une telle qualité, qui aiment el Christ et l’Église et nous l’ont montré de tant de manières. Il y avait là un enthousiasme qui peut manquer parfois ici. Humainement et spirituellement, nous avons osé rêver l’avenir. C’était beau, aussi, ces jeunes à la Maison Dauphine, l’autre soir, avec leurs questions plus que pertinentes, brillantes …

Q: … Assez pour croire que nous pourrons leur laisser notre place avant longtemps (rire de part et d’autre). Merci beaucoup, M. le cardinal.