Le lancement diocésain de l’année pastorale – Un spectaculaire feu d’artifice!

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, novembre 2019

Par René Tessier

Nous étions près de 1 200 personnes, baptisées et engagées en Église, au Centre de foires d’Expo-Cité, le 14 septembre dernier. Un peu moins qu’espéré initialement par les organisateurs, mais une assistance enthousiaste et un peu plus jeune qu’à l’habitude dans nos rassemblements. Dans le cadre du Mois missionnaire extraordinaire proclamé pour l’Église universelle, on nous rappelait surtout que nous sommes « Baptisés et envoyés … Ensemble »!

De toute évidence, l’objectif était de stimuler les personnes présentes en leur répercutant l’appel à la mission, jusque « dans les périphéries », selon l’expression du pape François. Ces leaders, venus des quatre coins de notre diocèse à l’invitation du cardinal Lacroix, étaient donc vivement encouragés à entrer dans ce qu’on appelait encore naguère « le tournant missionnaire ». Ils ont eu droit à une journée remarquablement organisée, où tout était rodé au quart de tour; avec une mise en scène très efficace, à faire pâlir d’envie les organisateurs du Gala des gémeaux à la télévision le lendemain soir…

Début en envolée lyrique

Un des deux présentateurs (avec Julie Baillargeon), Jean Duval, indiquait d’ailleurs, tôt dans la journée que celle-ci avait pour but de « nous donner de l’élan »; tout en spécifiant qu’il s’agissait d’un « coup de foi, pas un coup de fouet ».

Le cardinal Lacroix, nous souhaitait d’abord la bienvenue au lancement de la 345e année pastorale dans l’histoire de l’Église catholique de Québec. On devine que Mgr de Laval et les missionnaires de son époque ne disposaient pas des mêmes moyens technologiques, mais l’allusion nous situe dans une continuité historique avec le projet d’évangélisation qui a conduit en Amérique les fondateurs et fondatrices de l’Église en Nouvelle-France.

Une chorale ad hoc (pour l’événement) s’était formée autour de sœur Judith Giroux, dominicaine missionnaire adoratrice. Le répertoire de chants provenait de sources diverses; mais presque toujours sur un rythme entraînant, à l’exception de deux pièces plus méditatives. De fait, chant et musique ont jalonné la journée, relançant la foule chaque fois à partir des propos entendus juste auparavant.

Des témoignages précédaient l’action de grâces au cœur des premiers temps de prière. Par exemple, Carole Lavallée, laïque associée au Servantes du Saint-Cœur de Marie, se disait impressionnée par leur sens de l’adaptation; Thérèse Drolet, sœur de la Charité de Saint-Louis impliquée au Centre de spiritualité Manrèse, état frappée par la joie et les sourires observés depuis le début de la journée.

Un conférencier qui ne complique rien

Yvon Métras, directeur de l’Institut de formation théologique et pastorale au diocèse de Saint-Jean-Longueuil, a repris la question au départ de la journée : comment savoir de quelle manière Dieu passe dans nos vies. Sa réponse était plutôt simple : « À travers vous ». Et le formateur d’énumérer quelques gestes comme on en trouve dans les Actes des Apôtres : la mise en commun des biens et la solidarité, la prière en commun, une présence active et fraternelle dans la communauté… « Saint Paul prend souvent le bateau pour aller voir les siens, il garde le contact avec les communautés à travers ses lettres, en commençant par rendre grâces de tout ce que le Seigneur rend possibles chez elles. » Ceci dit, le Nouveau Testament est aussi tissé de franchise et de réalisme; quand, par exemple, il nous relate la fraude d’Ananias et de Saphire, qui retiennent ― détournent ― une partie de leurs recettes.

Les deux épîtres aux Thessaloniciens constituent les plus anciens écrits chrétiens. « Le texte, remarque M. Métras, est rédigé en nous. » Il y a là une leçon pour notre vie en Église: c’est bel et bien ensemble que nous avons à avancer. Notre intervenant nous ramène aussi à la triple onction reçue à notre baptême: elle nous fait prêtres, prophètes et rois.

Si « la foi se manifeste au plus intime de soi », elle s’exprime à travers des gestes qui la manifestent. Du reste, on a beau répéter que la foi est en crise, le collègue de Saint-Jean-Longueuil estime que « si quelque chose nous manque, actuellement, c’est bien l’espérance ». Il lui semble d’ailleurs que notre prédication sur la Résurrection se révèle globalement assez faible.

Alors, nous sommes appelés à devenir pleinement disciples-missionnaires, d’abord en vertu de notre baptême. Et cet engagement est possible dans la mesure où nous avons découvert et rencontré personnellement l’amour de Dieu dévoilé en Jésus le Christ. Au départ, c’est tout de même pour nous-mêmes que nous avons à « oser l’aventure de la foi ». Oser ― le mot est scandé comme un refrain ― l’espérance bien entendu, sur le modèle de Bernadette Soubirous. Oser, enfin, une Église missionnaire ici, même si elle ne va pas de soi. D’ailleurs, l’ellipse était remarquable: on faisait très succinctement allusion aux difficultés et obstacles qui se dressent sur le chemin de la mission, mais pour les mettre de côté très rapidement. Le chant très entraînant « Disciples-missionnaires » faisait écho à cette intervention en la couronnant.

Le pep-talk de notre Archevêque

Le cardinal Lacroix a poursuivi dans la foulée. Il a rappelé qu’ils « sont nombreux, celles et ceux qui n’ont pas rencontré le Christ ». Avec son habituel souci d’une approche positive, il a reformulé la phrase de saint Paul, « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (1 Corinthiens 9, 16) en des termes plus emballants: « Bonheur à moi si j’évangélise ».

Il a évoqué l’audace qui était celle de nos premiers et saints missionnaires en Nouvelle-France : Marie de l’Incarnation, François de Laval, Catherine de Saint-Augustin, les Martyrs canadiens. Une assise solide pour ensuite nous faire répéter à quelques reprises l’énoncé de la vision diocésaine, adoptée il y a quelques années déjà. Cette mission exige « que nous sortions de nos zones de confort ». Il le faudrait bien, puisque « plus de 95% de nos gens ont pris la clef des champs ».

Pour « faire atterrir » cette vision

« Un peu partout, enchaîne Mgr Marc Pelchat, on retient cinq clefs essentielles pour la mission. La première est l’adoration et la louange, « dont nos chants, comme ceux d’aujourd’hui » sont l’expression « parce que nous nous savons aimés de Dieu ». La deuxième : la fraternité, « puisque nous sommes disciples-missionnaires ensemble », qui passe par le soutien mutuel et le pardon si requis.

La formation reste un incontournable: « se laisser former par le Christ ». La formation au leadership missionnaire qui se vit présentement dans quelques communautés en représente un bon exemple. Puis vient le service: à son usage, nous découvrons nos talents, nos charismes et apprenons à discerner avec d’autres où et comment nous pouvons évangéliser.

Enfin, le 5e essentiel : l’évangélisation, qui passe, selon les mots du pape François, par « l’audace et l’humilité à la fois ». Il s’agit là, insiste Mgr Pelchat, « de cinq dimensions, non cinq champs d’activité ». Ce qui amène la double question : « Retrouvons-nous ces cinq clés dans notre communauté? Laquelle pourrait être mise en valeur davantage? »

Nous investissons dans des projets précis

Marie Chrétien, directrice de notre Service de pastorale, reprend d’abord la même idée : « Est-ce que ces cinq essentiels s’additionnent ? C’est plutôt entièrement inter-relié. » De plus, ajoute-t-elle, « nous avons vécu tout cela ici aujourd’hui ». Elle pose aussi le développement des équipes d’animation locale (ÉAL) comme important pour chaque communauté locale. La formation à la vie chrétienne est déjà un enjeu majeur, dans lequel il nous appartient de prioriser les adultes. L’éducation de la foi, elle, nous renvoie « à nos propres périphéries ». Les célébrations dominicales de la Parole (CDP), dans les milieux qui n’ont pas la célébration eucharistique chaque dimanche, sont nécessaires; car toute communauté chrétienne a besoin, pour vivre et grandir, de se rassembler le Jour du Seigneur. Le service d’accueil pour les personnes en deuil, qui se met en place de plus en plus, s’annonce aussi comme un élément précieux dans notre action pastorale.

En somme, le renouveau des communautés passe par la constitution des ÉAL, pour des communautés chrétiennes vivantes et accueillantes. La formation à la vie chrétienne repose beaucoup sur le partage de la Parole au sein de divers groupes et sur une éducation continue de la foi. Les CDP et les rites funéraires animés par des laïcs préparés pour ce faire sont le 3e axe sur lequel le Service de pastorale met l’accent.

Un curé d’ailleurs nous fait part de son expérience

C’est justement parce qu’il est retenu chez lui pour des funérailles que Jacques Lamoureux, curé à Saint-Hyacinthe, a témoigné de son expérience par vidéophone. Il dit avoir constaté que « le statu quo n’a pas d’avenir ». S’inspirant d’une « stratégie qui fonctionne » à Baltimore (le livre Rebuilt), il évalue que « 20% de ce que nous faisons produit 80% de notre impact total ».

Aussi a-t-il emprunté aux gens des séries d’homélies, qu’il lui faut adapter localement, bien entendu. De concert avec les leaders locaux, il a résolu de modifier le style du chant et de la musique aux célébrations. La formation de petits groupes Alpha le réjouit. Sa paroisse pilote également un projet tourné vers le monde, à travers publicité et collaborations avec le journal local. Mais l’élément qui lui paraît le plus important, c’est que ses gens ont désormais « le feu sacré ».

Ensemble, envoyés en mission

Le cardinal Lacroix nous rappelle que les Conseils paroissiaux de pastorale ont une longue histoire dans notre diocèse. Un décret du cardinal Vachon en 1987 insistait sur leur nécessité, alors qu’il en existait quelques-uns depuis bien des années déjà. La coresponsabilité, souhaitée explicitement par Benoît XVI en 2012, « exige un changement de mentalité » : il ne s’agit pas de déléguer seulement des tâches techniques ou logistiques… Un piège à éviter: faire confiance au point de ne pas s’informer des suites. De plus, il importe d’apprendre à déléguer en fonction des talents et charismes des personnes auxquelles on confie des responsabilités.

En cette mi-septembre, déjà une vingtaine de paroisses ou unités pastorales avaient planifié un post-lancement d’année, un rassemblement local des forces vives en Église. Le chant du Veni, Sancte Spiritus appelait ensuite l’Esprit Saint à descendre sur toute l’assemblée et sur toute l’Église de Québec.

« À la source de la mission, notre baptême », appuyait l’Archevêque de Québec. À la blague, il faisait remarquer sous le logo de l’Église catholique de Québec, projeté sur les murs latéraux, on voyait distinctement une indication lumineuse en rouge: « Sortie d’urgence ». Oui, il est urgent que nous sortions pour prendre la route de la mission. C’est à cette fin que nous allions nous signer dans l’eau bénite, celle de notre baptême à laquelle on avait ajouté de l’eau du Jourdain, recueillie lors du pèlerinage des agentes et agents de pastorale l’hiver dernier. Cette même eau était plus tard distribuée à des délégués des paroisses pour servir dans les post-lancements (ou lancements locaux).

« Le baptême nous ouvre à plus grand que nous, jusqu’à l’éternité. » La parabole de la brebis perdue et retrouvée (Luc 15, 1-10) nourrissait alors un échange, sur le mode de la Lectio Divina. Le texte était proclamé à trois reprises; d’abord par Patrice Michaud, de la Société biblique canadienne; puis par Thérèse Parent, sœur de Sainte-Chrétienne; enfin par Carole Harrison, agente diocésaine de pastorale.

Quels lendemains ?

Cette journée avait clairement pour but de stimuler les troupes, particulièrement les personnes laïques qu’on veut associer davantage à la mission. Celle-ci n’est-elle pas le mandat de toute l’Église? C’est d’ailleurs dans cette logique que nous avons récité ensemble la prière du Mois missionnaire extraordinaire. Celui-ci, du reste, ne prendra pas fin totalement le 31 octobre.

Au sortir de cette journée qui avait des airs de super-spectacle à l’américaine, au-delà d’une brillante démonstration de nos talents d’organisateur (et d’organisatrice, comme Karine Belley et France Lefrançois), que ferons-nous? Il y en avait pour tous. On relève une grande variété dans les actualisations de la formule « Ma mission, c’est… » Chacun et chacune y répondent à partir de leurs habiletés et sensibilités propres, selon le milieu dans lequel ils oeuvrent. Mais, on nous l’a assez répété, c’est « tous ensemble que nous sommes envoyés… » À suivre, donc…