Le lancement diocésain de l’Année pastorale : La barque est à l’eau…

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, octobre 2018

Par René Tessier

Nous étions plus de 1 200 personnes au Centre de foires d’Expo-Cité le samedi 8 septembre. « Vous avez vraiment l’air heureux de vous retrouver ici », déclarait le cardinal Lacroix en début de journée. Il nous avait d’abord souhaité la bienvenue au coup d’envoi de « la 344e année pastorale du diocèse de Québec ».

La prière du début était teintée des récentes accusations portées contre des gens d’Église aux États-Unis, un ecclésiastique ayant même mis en cause le pape François (dans ce qui ressemble bien à un règlement de comptes, sur fond de divergences idéologiques). Une intention était offerte particulièrement pour « les victimes et toutes les personnes blessées dans leur foi ». Puis l’équipe musicale constituée pour la journée nous a offert l’hymne officiel des Journées mondiales de la jeunesse 2019 (22-27 janvier, au Panama) : « Voici la servante du Seigneur ». Il faut peut-être rappeler ici que le 8 septembre correspond à la fête de la Nativité de la Vierge Marie, un des trois seules naissances célébrées dans notre calendrier liturgique.

Une assistance attentive et participante

Pour ce lancement d’année, le thème retenu était : « Allez! En avant, la mission! » Il y avait là, nous a-t-n signalé rapidement, des représentants de chacune des 240 communautés chrétiennes de l’Église catholique de Québec, désormais regroupées dans 37 paroisses ou fabriques et 29 communions de communautés; ainsi que des délégués de 37 mouvements ecclésiaux et 20 instituts de vie consacrée.

Vite, l’invite se faisait cordiale : « Il nous importe de regarder ensemble où le Seigneur veut conduire son Église; alors, donnez-vous le droit d’être ici et profitons-en. » Ou ce commentaire de sœur Judith Giroux, qui avait réuni une équipe musicale diversifiée : « Quand nous prenons le temps de louer Dieu, le présent de notre Église devient porteur d’avenir. »

Sur un mode très familier, l’animation nous encourageait à échanger avec la personne voisine dans les bancs, à partir de questions assez directes : d’abord, « Comment vous êtes-vous engagé(e) en Église ? » puis « Comment avez-vous rencontré personnellement Jésus le Christ ? »; et ainsi de suite…

Les traversées du peuple de Dieu

Fier de l’histoire de ce diocèse maintenant sous sa responsabilité et dans un souci évident de marquer la continuité, le cardinal Lacroix est remonté rapidement à l’Exode, la sortie d’Égypte des Hébreux sous la conduite de Moïse. Un grand sut dans le temps nous a conduit à l’épopée mystique des fondateurs de la Nouvelle-France; une période elle aussi évoquée très rapidement pour faire place aussitôt aux années 2000 : après la Lettre pastorale de Mgr Maurice Couture sur l’évangélisation (1999), le congrès d’orientation pour l’avenir des communautés chrétiennes de 2004 et le document Mission nouvelle évangélisation, du cardinal Marc Ouellet, l’année suivante, puis le cadre de référence pour nos réaménagements pastoraux « La charité du Christ nous presse », rendu public par Mgr Lacroix peu après son entrée en service comme archevêque, en 2011.

Hiatus symbolique? L’affichage Powerpoint soudain comprimé à l’écran, le cardinal Lacroix doit le réajuster à partir de son ordinateur sur le sol, ce qui le fait badiner : « Quand ça ne fonctionne pas, il faut savoir se mettre à genoux. » Le processus de réorganisation de réorganisation de nos communautés chrétiennes sera complété en janvier prochain, ce qui permettra de nous consacrer davantage à la mission. Plutôt que d’envisager comment « gérer la décroissance », tournons-nous vers la mission qui nous attend; d’abord, en examinant comment la traversée du lac de Tibériade, dans l’épisode évangélique de la mer apaisée (Marc 4, 35-41) a renouvelé profondément les disciples de Jésus. Cette réflexion sous-tendra toute notre journée de lancement.

Disciples-missionnaires, deux mots qui n’en font qu’un

Deux mots qu’une personne baptisée ne saurait séparer, nous indique-t-on. Le disciple suit son maître et cherche à l’imiter. Très attaché à Jésus, il veut demeurer en relation avec lui constamment. Question à l’assemblée, étudiée en duos : « Comment puis-je devenir un meilleur disciple? » Marie Chrétien, directrice du Service de pastorale, nous fait répéter : « disciples-missionnaires ». Les termes sont inséparables, il ne suffirait même pas de les attacher par un « et ». Quand Jésus a recruté ses disciples, il leur a indiqué, dès le départ : « Venez, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 19). De plus, le véritable missionnaire ne cesse jamais d’être disciple, « il sent bien que Jésus marche avec lui, travaille avec lui… » Témoigner de notre foi, ça irait jusqu’à profiter de « chaque petite brèche ouverte » pour « rendre compte de ce qui nous fait vivre ».

Par la suite, Isabelle Pelletier, des Brebis de Jésus, et Mgr Louis Corriveau témoignent d’expérience : comment la foi au Christ les a soutenus dans leurs propres traversées en Église?

Pour la mission, le leadership partagé

Claudine Pouliot et Mgr Marc Pelchat nous citent Saint-Exupéry (Le Petit Prince) : « Si vous voulez former des marins, réveillez d’abord au milieu (des femmes et) des hommes le désir de la mer grande et belle ». Parce que « chaque personne a ses tâches sur le navire », il faut des leaders. Ceux-ci ne seront pas des gérants, ils ne proviendront pas de la hiérarchie, ils seront plutôt des visionnaires, des accompagnateurs, des organisateurs qui savent déléguer. Le leader chrétien saura reconnaître en Jésus le vrai capitaine. Appelé, il appellera à son tour. Et de nous énumérer toute une liste de qualités importantes, dont nous osons écrire que la moitié, même le tiers seulement, devrait suffire amplement… Un élément essentiel, en revanche : l’appel ne vient pas de nous. Parfois, il se confirme dans le temps; le jeune Samuel a bien été appelé par Yahvé au moins trois fois (1er livre de Samuel, 3, 1-14).

Le leader connaît ses forces et ses faiblesses. Il a besoin des autres, il le sait très bien. Son ADN, d’après Claudine : il est appelé et appelle à son tour; il se montre disponible, il a de la drive (énergique) et sait déléguer; il se nourrit de la Parole et fait naître des disciples.

Dans une société aussi complexe que la nôtre, souligne le théologien Marc Pelchat, le leadership partagé requiert beaucoup de communications et de coordination. À ce propos, un élément à ne pas oublier : Jésus a tenu à envoyer ses disciples deux par deux. « Tout seul, on avance plus vite mais à deux, on va plus loin », aime à dire le cardinal Lacroix.

Dans cette veine, nous est présentée sommairement la réorganisation du Service diocésain de pastorale (SP) : huit duos pour accompagner les équipes pastorales, avec des équipes spécialisées selon quatre axes, qui sont le renouvellement des communautés chrétiennes, la formation à la vie chrétienne, la liturgie et la célébration de la foi, la vie communautaire et missionnaire. De nombreux ateliers de formation seront aussi proposés dans les prochains mois. « Le SP est en mode sortie, proclame la cardinal Lacroix, ne craignez pas de le solliciter ».

Une liturgie de la Parole très originale

Le passage évangélique de la tempête apaisée nous est esquissé de manière épatante par François Bergeron : en continu et à une vitesse impressionnante, il dessine devant nous les contours du lac, la barque et les personnages. Même la tempête se dessine sous nos yeux, la trame sonore aidant.

Qui plus est, sans jamais ralentir son débit ni le rythme avec lequel il trace ses figures, l’artiste nous commente l’épisode avec des talents de prédicateur. Yeschua (la consonance hébraïque de notre Jésus, un mot francisé) fait passer les apôtres, comme nous, par toute la gamme des émotions. Comme eux, nous pouvons douter, oublier que le Maître est à nos côtés ou nous décourager parce que nous le croyons endormi. À la fin, il nous apparaît dans une lumière neuve; ce que le travail de François, amplifié par le gros plan des caméras, fait superbement ressortir.

À la fin, l’envoi des disciples-missionnaires

Une telle journée serait incomplète sans l’envoi en mission. Celui-ci sortait aussi de l’ordinaire. Le cardinal Lacroix nous a bel et bien mandés, mais en insistant sur la solidarité entre nous : « placez la main dans le dos de votre voisin-e, (puis sur l’épaule et enfin sur la tête) pour montrer notre soutien mutuel ».

Une requête, à soumettre ensemble : « Que l’esprit Saint mette son feu en nous, que nous apprenions à toujours mieux travaille en équipes et à investir nos énergies dans l’évangélisation, la formation à la vie chrétienne et la revitalisation des communautés locales. »

La barque est à l’eau, il nous reste encore à nous rendre sur l’autre rive. Nous pourrons certainement compter sur le vent de l’esprit pour gonfler nos voiles, mais aussi, sans doute, faudra-t-il souquer ferme. La mer est souvent instable; elle n’en représente pas moins ce monde qui a besoin de l’Évangile. Il nous faut donc nous éloigner du rivage, si confortable et sécurisant.