La neuvaine des Fondateurs, un souffle jailli d’hier…

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, juillet-août 2018

Par René Tessier

C’est devenu un événement annuel dans le Vieux-Québec : la neuvaine des Fondateurs débute le 30 avril avec la fête liturgique de sainte Marie de l’incarnation, pour se terminer le 8 mai par la célébration en mémoire de la bienheureuse Marie-Catherine de Saint-Augustin. Entre-temps, on fait aussi mémoire de saint François de Laval, décédé un 6 mai, et des martyrs jésuites.

Le 30 avril: sainte Marie de l’Incarnation

Cette année, la fête de cette grande mystique prenait une tonalité particulière, du fait du déménagement annoncé pour bientôt des Ursulines. La chapelle du monastère était pleine, tout comme l’an dernier: environ 250 personnes entouraient la communauté et le cardinal Gérald C. Lacroix, qui présidait la célébration. Celui-ci s’est d’ailleurs plu à nous signaler qu’il restait plusieurs journées libres au calendrier liturgique entre les 30 avril et 8 mai; d’autant plus que, dans son homélie, il avait mis l’accent sur la toute récente exhortation apostolique du pape François sur la sainteté, accessible à toutes et tous. Marie Guyart représente évidemment un modèle inspirant à cet égard. Ses héritières ursulines ont aussi laissé, au fil des derniers siècles, un vibrant témoignage.

Une soirée de réflexion entre deux fêtes

Le jeudi soir 3 mai, au monastère des Augustines à l’Hôtel-Dieu, une quarantaine de personnes était venue entendre l’abbé Pierre-René Côté: « La pertinence d’être (encore) évangélisateurs ». Avec toute la verve qu’on lui connaît, il a d’abord rappelé que « vivre et annoncer l’Évangile est déjà en soi quelque chose d’impertinent de nos jours ». Selon lui, il est nécessaire d’avoir d’abord rencontré personnellement le Christ si on veut annoncer son amour. Car « il faut que même les non-croyants reçoivent cette bonne nouvelle : Dieu nous veut ses héritiers, ses collaborateurs » pour bâtir un monde meilleur.

Le bibliste pas vraiment retraité a repassé des passages de l’Exode pour faire ressortir comment Dieu se fait connaître à travers notre histoire. Il recourt délibérément à « un médiateur incompétent », Moïse; tout comme il a besoin de nous malgré nos manques d’aptitudes, nous demandant avant tout d’aimer. Puis, souvenons-nous: « la bienveillance des premiers chrétiens a fini par leur gagner tout l’Empire romain ». De même, le Seigneur a un dessein bienveillant pour chaque personne: « Je veux que tu vives et sois autonome, fier, fécond, libéré de l’esclavage du mal ». À travers les scandales de toutes sortes qui font obstacle au témoignage que nous voulons rendre, la recommandation du Christ (Luc 10) demeure: « Si on refuse de vous accueillir, secouez la poussière de vos pieds et partez ». Autrement dit : ne cherchez pas à vous imposer, mais persistez à proposer, à temps et à contretemps.

La fête de notre premier évêque

Le 6 mai étant un dimanche cette année, c’est la veille, le samedi après-midi, qu’on a célébré la fête liturgique de saint François de Laval, en la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec. L’abbé André Gagné, vicaire, est depuis toujours un fervent admirateur de Mgr de Laval. Sans surprise, c’est avec enthousiasme qu’il a relevé pour nous les mérites de bâtisseur infatigable et d’homme de foi convaincu de celui dont le diocèse couvrait l’essentiel de l’Amérique du Nord. Environ 200 personnes composaient l’assistance, dont une moitié de touristes, la plupart d’ascendance asiatique. L’Église de Mgr de Laval est aujourd’hui composée de multiples communautés culturelles.

Exceptionnellement, il vaut peut-être la peine de reprendre ici une partie de l’épître de cette fête, comme l’abbé André l’a fait dans son homélie:

« Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et se détourneront de la vérité pour se tourner vers des fables. Pour toi, sois prudent en tout, supporte l’épreuve, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, acquitte-toi à la perfection de ton ministère. »

Des recommandations plus qu’appropriées pour tout pasteur; elles nous rappellent aussi que la charge pastorale de François de Laval a été, à maints égards, plus héroïque que la nôtre, même si nous pouvons estimer notre époque quelque peu difficile.

Une procession à partir de la chapelle des Jésuites

Le lendemain après-midi, dimanche 6 mai, une bonne quarantaine de personnes amorçai à la chapelle de la Maison Dauphine un parcours qui allait les conduire jusqu’à la cathédrale pour y prier les vêpres. C’était l’occasion d’évoquer cette fois les martyrs canadiens, jésuites ou associés à la congrégation, qui sont tous passés par le Vieux-Québec à un moment ou l’autre.

Ces hommes méritent d’être nommés un à un: Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, Antoine Daniel, Charles Garnier, Noël Chabanel, Jean de la Lande et René Goupil. Portés par ce souffle mystique qui a présidé à l’évangélisation de la Nouvelle-France, ils ont vécu jusqu’au bout l’idéal missionnaire. Ils n’ont pas hésité à apprendre les langues amérindiennes, à remonter les rivières et affronter le danger pour faire merveille auprès de peuplades d’une culture toute autre.

Pour couronner la neuvaine, Catherine de Saint-Augustin

Le mardi soir 8 mai, c’était la célébration de la bienheureuse Marie-Catherine de Saint-Augustin, à la grande chapelle de l’Hôtel-Dieu. Cette date marquait exactement, jour pour jour, le 350e anniversaire de sa mort (1668), à l’âge de seulement 36 ans. Le cardinal Lacroix présidait cette Eucharistie, lui qui avait déjà célébré, le matin même à l’Hôpital général, le 325e anniversaire de fondation (1693) de cette institution par Mgr de Saint-Vallier.

Comment ne pas souligner alors la générosité historique des religieuses Augustines? Celles d’aujourd’hui nous ont servi des chants magnifiques. Dans le décor de ces murs qu’elles ont choisi de mettre en valeur en y logeant leur nouvel hôtel-musée, elles ont apporté aux pieds de l’autel la lettre de mission mandatant la jeune Catherine de Longpré en Canada et les lettres patentes de l’établissement de leur hôpital. La procession des offrandes avait été confiée aussi bien à la supérieure générale, sœur Lise Tanguay, qu’à deux jeunes postulantes dans la communauté. Au moins 150 personnes avaient pris place dans les stalles de cette très belle chapelle.

On nous pardonnera d’ajouter que, le lendemain, le Séminaire de Québec a étiré la neuvaine dans ses murs. Il fêtait encore, cette fois à l’interne pour ses prêtres agrégés, associés et résidents, son fondateur, saint François de Laval, avec messe solennelle (le Supérieur général a insisté sur ce point) et hommage à des prêtres jubilaires pour leurs 50 et 60 ans de vie sacerdotale cette année.

Une tradition qui s’ancre progressivement dans la vie

La neuvaine des Fondateurs dans le Vieux-Québec existe depuis une bonne vingtaine d’années. Elle se développe au fil des ans, prenant de l’assurance, en quelque sorte. Ainsi c’était la quatrième année qu’on y insérait une conférence publique. En 2017, l’abbé Pierre Gingras avait présenté au public les saints martyrs canadiens, les patrons de sa paroisse natale. La marche dans les rues s’est également ajoutée aux autres commémorations liturgiques. Bref, la formule s’institutionnalise.

Le curé de Notre-Dame de Québec, Mgr Denis Bélanger, croit qu’elle est là pour durer. En dehors des célébrations dominicales, on n’y croise que peu de ces touristes qui fréquentent en grand nombre la basilique-cathédrale et Notre-Dame des Victoires, mais cela reste une belle opportunité pour les Québécoises et Québécois de renouer avec leurs racines spirituelles. Que serait l’Église de Québec si elle n’avait pu, à sa naissance, compter sur l’engagement total et la foi enthousiaste de Marie-Catherine de Saint-Augustin, de Marie Guyart de l’Incarnation, de François de Montmorency-Laval et des huit premiers martyrs canadiens?