La joie de prêcher, pour les nuls

Par René Tessier

Les responsables de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval auraient bien espéré une centaine de participants, nous n’étions que 40 participants, les 13 et 14 juin dernier, à la session « La joie de prêcher ». Il est vrai que la fin de l’année pastorale voyait les invitations proliférer plus que jamais; à moins qu’une majorité de confrères prêtres et diacres aient estimé ne pas avoir besoin d’une telle formation? Pourtant, pour plusieurs comme le soussigné, c’était la première fois en 40 ans au moins qu’une telle opportunité nous était offerte.

photo2 Les absents ont donc bien eu tort, car ce que nous a proposé le prêtre suisse valaisan François-Xavier Amherdt valait le déplacement (les nôtres et surtout le sien). Celui-ci nous a laissé un véritable cadre de référence pour la pratique de l’homélie. Les participants ont pu aussi visionner des homélies de religieux dominicains qui étudient à Fribourg et décortiquer les homélies rendues devant nous par trois d’entre nous. Le cahier boudiné « la joie de prêcher », distribué sur place, demeurera pour nous, à n’en pas douter, un instrument de base pour les années à venir.

S’adresser à une assistance respectée et estimée

L’homélie « continue de nourrir le peuple de Dieu », nous rappelle d’abord notre conférencier. Euphémisme inévitable? L’exercice ne serait-il pas trop souvent sous-estimé, tant dans son impact que dans sa nécessité? Il s’agit de reproduire à notre manière l’action du Christ lui-même : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture » (Luc 4, 16-21). Investir dans l’homélie et sa préparation procède aussi d’un acte de foi: on ose croire en l’efficacité de la Parole de Dieu, qui féconde l’humus humain (Isaïe 55, 10-11). On fait confiance encore à l’assemblée, à ces femmes et ces hommes souvent plus intelligents qu’on le croit. À ce propos, une idée reçue à bannir férocement : nos auditeurs ne comprendraient que quand on ramène notre discours au plus petit commun dénominateur, que si on s’adresse à eux comme à des enfants, supposément pour que tout le monde nous saisisse. La connivence requise avec l’assemblée suffit normalement à nous faire enjamber un piège aussi… primaire!

Première étape: l’homéliste doit d’abord recevoir le texte pour lui-même, l’accueillir en soi. Son immersion dans la Parole de Dieu tient alors du pèlerinage. Comme l’Écriture, l’homélie devient nourriture spirituelle de par l’action de l’Esprit. Combien d’entre nous n’ont-ils pas été surpris de se voir féliciter pour des phrases qu’ils avaient déjà oubliées, preuve réitérée que les fidèles réfléchissent de leur côté, qu’ils ne sont pas de simples réceptacles. De plus, une règle de base en communication: « Quid quid recipitur ad modum recipiendis recipitus est » (Ce qui doit être reçu le sera forcément selon le monde de la personne qui reçoit).

Une homélie branchée sur la vie avant tout

L’altérité du texte peut parfois prendre un aspect rugueux. Si l’Évangile est par nature Bonne Nouvelle, cette nouveauté peut appeler clairement un renouveau de nos comportements ou de nos manières de penser. La question jaillit du groupe: combien d’homélistes, à la mi-juin, auront fait allusion le moindrement aux événements tragiques d’Orlando, en Floride (un drame, il est vrai, particulièrement difficile à aborder)?

À cet égard, notre professeur nous recommande, par-delà toutes les apories à repérer, de simplement trouver son propre ton et rester soi-même; autrement dit, de « parler vrai », quel que soit notre style. Le lieu de l’homélie (grande église ou petite chapelle, communauté urbaine anonyme ou rurale serrée, etc.) sera déterminant.

L’homélie s’appuiera donc, en vérité, sur le type de relation que l’intervenant a développé avec son auditoire et sur la relation des gens entre eux. Elle sera en lien avec les quatre textes bibliques (incluant le Psaume), les autres monitions de la célébration par le président d’assemblée, le mystère liturgique du jour, les questions du monde contemporain et les préoccupations de la communauté chrétienne.

Des paramètres fondamentaux

Trois axes s’inscrivent au cœur de la démarche de l’homéliste, qui peuvent évoquer la trilogie voir-juger-agir:

  • Enseigner (un message théorique qui devrait pouvoir se résumer en une phrase)
  • Toucher, plaire, susciter une émotion en actualisant l’Écriture
  • Convoquer à l’action en étant percutant et contagieux.

Prêcher, nous indique François-Xavier Amherdt, « c’est interpréter les textes bibliques à la lumière de l’actualité ». Le bon prédicateur, affirmait le théologien protestant Karl Barth, aura « la Bible dans une main et le journal dans l’autre ». Ainsi, il se nourrira de la culture dans laquelle baigne son auditoire pour le faire cheminer à partir de ce qu’il connaît déjà.

Une lecture répétée des textes bibliques, psaume inclus, n’est pas superflue. Elle peut même se faire à haute voix (la Parole est faite pour être proclamée) tout comme l’homéliste gagnera à s’entendre prononcer plusieurs phrases de son allocution complétée. Cette lecture initiale s’arrêtera sur le contexte historique des passages bibliques, leurs genres littéraires, l’interaction des personnages, etc. Elle se fera ensuite « contemplative et évocatrice »: que disent les textes pour moi et la communauté à laquelle je vais m’adresser?

En principe, l’homélie devrait être centrée sur une seule idée principale, de laquelle découlera le reste; en sachant qu’on ne peut tout dire. Une fois celle-ci déterminée, suit le choix de la forme, en tenant compte de la réaction anticipée de l’assemblée. Le plan de l’homélie pourra donc tenir du « bouquet de fleurs », une idée centrale appuyée par plusieurs arguments, ou d’un autre type de déroulement.

Une amorce qui sait accrocher l’auditoire est essentielle. À la blague pour mieux qu’on retienne la méthode, François-Xavier Amherdt nous lance; « Trouvez-vous une bonne introduction pour aller chercher l’attention, une bonne conclusion qui reprend, interpelle ou fait réfléchir, et rapprochez les deux autant que possible ».

De plus, quelques éléments à ne pas négliger

Même s’il vaut mieux qu’il soit écrit dans la majorité des situations, le texte de l’homélie doit garder une forme orale car on parle à l’assemblée, avant tout. Prêcher, dira notre personne-ressource, c’est « chercher à impliquer les auditeurs », d’où l’importance de tenir compte de leurs préoccupations. Ceci dit, il nous recommande de « sentir ce qui vous convient le mieux » car un prédicateur à l’aise se montrera meilleur communicateur.

Le lieu de l’homélie importe également: la taille des lieux, le type d’assemblée, les circonstances… Le contact avec l’assistance s’établit par le regard tout en se fondant sur une approche sympathique: le prédicateur porte un regard positif sur les fidèles et il ose croire que ceux-ci sont désireux d’accueillir un message qui sera bien délivré.

Plusieurs styles sont possibles: historique et explicatif, dogmatique et argumenté, exhortatif, engagé, méditatif… Peut-être est-il bon de varier quand on côtoie régulièrement la même assemblée.

Le pape François nous donne lui-même un très bon exemple de communication réussie : La joie de l’Évangile, souligne notre théologien suisse, constitue « un des premiers textes du Magistère que tous et toutes peuvent comprendre ».

En dernier ressort, le succès d’une homélie repose sur un grand nombre d’habiletés mais il ne s’agit pas nécessairement de tout prévoir chaque fois. La démarche idéale qui nous a été présentée nous offre un modèle idéal à partir duquel nous pouvons revoir notre manière de préparer l’homélie, en commençant par bien saisir qui sont les femmes et les hommes auxquels nous nous adressons. C’est là, de toute évidence, un travail de longue haleine.

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