La bénédiction d’un lieu déjà sanctifié

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, novembre 2018

Par René Tessier

C’était fête au nouveau Grand Séminaire de Québec, le 23 septembre dernier. Le cardinal Gérald C. Lacroix procédait en avant-midi, dans le cadre de la messe dominicale, à la bénédiction de l’immeuble du 233, avenue Giguère, dans le quartier Vanier de Québec. En après-midi, c’était portes ouvertes pour la population; environ 250 personnes sont venues visiter les locaux et rencontrer équipe de formation et séminaristes.

L’événement marquait aussi un nouveau départ avec la présence de neuf séminaristes résidents, en plus des cinq stagiaires en paroisses et des quatre séminaristes d’origine haïtienne attendus quelques jours plus tard.

Une statuette de Mgr de Laval, placée juste devant l’autel, était au cœur de la célébration. Le cardinal Lacroix a d’ailleurs béni, dans un premier temps, l’icône de François de Laval qui était distribuée aux invités spéciaux du matin. « Il se réjouit certainement de voir que des pasteurs se portent encore volontaires pour la mission, 350 ans plus tard » a souligné l’Archevêque de Québec.

La Parole de Dieu, toute faite pour l’occasion

Les textes liturgiques de ce 25e dimanche ordinaire de l’Année B coïncidaient parfaitement avec la mission à préparer : Sagesse 2, 12-20; le Psaume 53 (54); Jacques 3, 16- 4, 3 et Marc 9, 30-37. Dans l’Évangile, Jésus, le premier, forme ses apôtres. Comme eux, les futurs prêtres d’aujourd’hui sont confrontés au défi de « témoigner de la foi dans un monde qui n’est pas toujours chrétien ». Le Mystère pascal ne peut qu’imprégner profondément leur spiritualité : « Vous savez qu’à côté des Alléluias, il y aura aussi des Allelu-y-oye », indique Mgr Gérald. Il vaut la peine d’insister là-dessus, sachant que le Maître a dû annoncer sa Passion à au moins trois reprises et se buter chaque fois à l’incompréhension des disciples. « Ils auraient voulu suivre une vedette », Les querelles de pouvoir rapportées dans l’Évangile n’empêchent pas de découvrir, en même temps, les qualités des apôtres.

Parce que « suivre le Christ, c’est fondamentalement apprendre à servir », Mgr Lacroix a raconté au passage les circonstances de sa nomination au cardinalat, une surprise pour lui, dont le pape François a bien stipulé qu’elle n’était « ni une promotion ni une décoration, mais bien un appel à regarder plus loin, à aimer plus universellement ». Et cette phrase qui revient souvent dans la bouche du cardinal Lacroix, comme un leitmotiv : « Dieu ne choisit pas des gens parce qu’ils sont capables (dès le départ), il rend capables ceux qu’il a choisis ».

« En vivant avec quelqu’un, à la longue, on découvre son caractère ». Encore là, la démarche des disciples suivant le Christ s’apparente à la période de formation au Grand Séminaire. La longueur permet au temps de faire son travail. La proximité dans ce nouvel espace de Vanier, plus petit, devrait aussi favoriser une meilleure découverte de soi à travers les échanges quotidiens.

La bénédiction, au cœur de la liturgie

Après avoir insisté beaucoup sur la générosité, l’humilité et le don de soi bien nécessaires, l’Archevêque de Québec a ensuite béni les lieux; non sans relever au préalable que ceux-ci « ont déjà été abondamment sanctifiés par la présence et l’œuvre des Sœurs du Bon-Pasteur, depuis 70 ans cette année qu’elles ont ouvert cet établissement de soins ». D’ailleurs, six déléguées des Servantes du Cœur immaculé de Marie (leur nom légal) se tenaient, religieusement, au premier rang de l’assistance.

Les prières universelles étaient enrichies de quelques intentions spéciales : pour les vocations religieuses et sacerdotales, pour la guérison des victimes d’abus et la conversion des agresseurs en Église, pour les victimes des tornades de la veille et l’avant-veille dans l’Outaouais…

L’assemblée s’unissait aussi, en fin de célébration, dans une longue prière pour les vocations, empruntée à 80% aux Sœurs du Bon-Pasteur. Celles-ci ont toujours demandé pour l’Église, justement, « de vrais bons pasteurs ».

Le cardinal Lacroix voit aussi « un clin d’œil du Seigneur » dans le fait que la nouvelle maison du Grand Séminaire était inaugurée à quelques jours du Synode des évêques, auquel il allait participer, sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.

Enfin, on pouvait apprécier les talents musicaux de ces candidats au sacerdoce pour sept diocèses différents. Outre Israël Proulx, professionnel de la chanson qui livrait une prestation l’été dernier au Festival international de jazz de Montréal, nous avons aussi entendu Gabriel Girard et les autres choristes. Difficile de ne pas remarquer au passage le talent et l’enthousiasme à l’orgue du doctorant en histoire Emmanuel Bernier, qui assiste Claude Lemieux à la formation musicale des séminaristes.

Bref, une belle fête, marquée au coin de l’espérance. Le Grand Séminaire de Québec prend un nouveau départ. Des confrères qui y ont travaillé dans le passé observent : « Chaque fois que le Grand Séminaire est déménagé dans des locaux plus étroits, comme en 1978 sur le Chemin Saint-Louis et en 1995 rue des Remparts, on a failli manquer d’espace la première année de par un grand nombre d’entrées. » C’est ce qui s’est produit à nouveau à Vanier cet automne. Mais, devinez quoi ? Le recteur Luc Paquet et son équipe (l’abbé Martin Laflamme, Ginette L’Heureux et les autres…) ne s’en plaignent aucunement, ils ne demandent pas mieux, paraît-il.