Homélie de la messe de fermeture au culte de l'église Saint-Jean-Baptiste

HOMÉLIE FERMETURE AU CULTE
24 MAI 2015 JOUR DE LA PENTECÔTE

Abbé Pierre Gingras, curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste

« Quand viendra le Défenseur (…) il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous rendrez témoignage, vous qui êtes avec moi depuis
le commencement. »

Voilà en quelque sorte le témoignage que nos anciens ont placé entre nos mains.
Mais les artisans de cette église, hommes et femmes, qu’ont-ils placé entre nos mains ?
Une église de pierres, construite avec génie, avec grandeur, avec fierté, qui permet tous sans distinction de côtoyer la beauté, le silence, l’élévation, la contemplation…
Mais ils ont d’abord laissé une église témoin, témoin de leur foi, témoin de leur vie, témoin de leur engagement, témoin de la possible rencontre de Dieu au milieu de la vie urbaine.
Une église faite d’abord de pierres vivantes bien cimentées entre elles, tellement bien jointées les unes aux autres, qu’au lendemain d’un incendie majeur, on éprouve la nécessité de redresser ce symbole d’une force d’âme qui nous a toujours caractérisés; ce symbole d’une audace tenace qui nous provient de nos ancêtres; ce symbole d’un dynamisme collectif qui traduit la grandeur et la dignité d’une nation quand elle sait s’unir pour bâtir…
Pour bâtir une œuvre où tous et toutes se reconnaissent parce que tous et toutes y ont participé.
Un signe élevé, un signe haut, un signe visible presque de partout et qui suscite de l’admiration autant pour son extérieur que pour son intérieur.
Un signe élevé, un signe haut qui parle de nos valeurs, celles qui nous appellent à plus comme chrétiens;
Ces valeurs qui dans la bouche de l’Apôtre Paul se disent : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité, maîtrise de soi…
Des valeurs qui ne sont pas seulement des comportements mais des valeurs qui sont d’abord « Quelqu’un » : le Christ Jésus.
Symbole d’une société qui a su dire depuis le début de son histoire : Le Christ est tout pour nous ! »

C’est la conséquence de la Pentecôte qui nous a rejoints depuis le début, mais que nous avons depuis quelques décennies regardée sans voir vraiment, avec une perte de profondeur comme si c’était acquis.
Mais la foi n’est jamais acquise. Elle est en mouvement et elle est appelée à toujours grandir.
Et quand on s’en éloigne et qu’on la néglige, on finit par s’en éloigner, on finit par l’oublier…
Et pour éponger un déficit religieux, on fabrique une mentalité diffuse où tout devient bon sans distinction… on nivelle tout au point de glorifier l’indifférence et au bout, tout oublier.
Le passé est à contempler, non pas à glorifier ni à idéaliser parce que nos devanciers ont travaillé plus fort que nous pour s’implanter, pour bâtir, pour vivre et pour survivre.
Le passé n’est pas à glorifier mais à contempler pour saisir un peu de la sagesse qui l’a guidé et vivre le présent de manière saine.
Le présent placé entre nos mains.
Le présent qui est le déploiement de nous-mêmes.
Le présent qui est notre responsabilité.

Lors du passage de Mgr Luigi Bonazzi, nonce apostolique du Canada à l’occasion des fêtes de la paroisse-cathédrale, une citation partagée m’a beaucoup touché… une citation de Monsieur René Lévesque premier ministre du Québec dans une lettre écrite au Pape Jean-Paul II à l’occasion
des béatifications de certains de nos fondateurs. Il écrivait :
« Quand un peuple remet en question ses modes de vie traditionnels avec autant de vigueur que le Québec l’a fait depuis 20 ans, il risque de se couper des valeurs qui ont contribué à sa survie et à la découverte de son identité propre, sans savoir les remplacer par des valeurs nouvelles; il risque de provoquer chez les siens le déséquilibre, le dépaysement et même le désarroi; en renouant avec les richesses de son passé, le Québec ne peut que mieux assurer son avenir. »
C’était en 1980, le 22 juin.
Et depuis, nous avons consacré une rupture.
Mais nous savons que notre présent chrétien, dans la société qui est nôtre, n’est pas vide et que les événements réveillent notre rôle public en nous invitant à vivre autrement.
Il faut se rappeler ce matin que les chrétiens ont une capacité exceptionnelle de traverser les épreuves, de se relever et de retrouver une force de témoignage au-delà des efforts demandés.
Vous savez, d’autres communautés vivent les défis du présent.
Mais dans tout cela le Christ, le Christ seul et le souffle de l’Esprit, cet Esprit de Pentecôte, nous invitent à demeurer des passionnés malgré l’âge, malgré les questions, malgré la fatigue…

Souvent nous avons tendance à nous réfugier dans le même silence qui habitait les Apôtres entre Pâques et Pentecôte.
Souvent, comme eux, nous avons peut et nous habitons nos refuges
Comme les Apôtres, acceptons de retrouver notre rôle public pour parler de Lui, pour vivre de Lui et faire vivre de Lui.
Comme eux, sortons à la rencontre de l’homme, de la femme et de l’enfant d’aujourd’hui.
Les enjeux de notre silence sont grands de la même manière que le silence des Apôtres aurait été désastreux.
Nous devons rappeler aux nôtres qu’au moment où une société oublie son histoire, au moment où une société méprise son histoire ou cherche à la réécrire, cette société met en danger son avenir.
Et ici, l’histoire s’est écrite avec le Christ, pour le Christ et dans le Christ.
Aujourd’hui, dans ce passage à faire, nous recevons des pages blanches qu’il nous revient d’écrire pour les placer à la suite de celles écrites par nos devanciers.
C’est ce témoignage qui nous appelle.
Que l’Esprit s’insinue dans notre vie et aussi entre chacun et chacune d’entre nous pour aller de l’avant dans l’espérance que rien ne peut nous ravir. Amen

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