Faire l'amour avec Dieu

Je passe l’été au Brésil, dans une communauté catholique nouvelle du nom de Canção Nova (“chant nouveau”). En fait, pour les Brésiliens, c’est l’hiver, mais disons que pour la Québécoise que je suis, c’est presque comme si j’étais restée dans notre été, quant à la température. En plus chaud, même, vu l’été actuel du Québec… Toutefois, il n’y a pas que le temps qui soit source de chaleur, au Brésil. J’ai moi-même été surprise de réaliser, lorsqu’on m’a demandé ce qui était le plus différent ici de ce à quoi j’étais habituée dans mon pays, qu’il s’agissait pour moi de la manière d’être des gens entre eux, de la chaleur des relations et de l’expression aisée et démonstrative de l’affection que se partagent les uns et les autres. Bien plus profondément que les bris que l’on peut voir à la télé par les quelques violences qui débordent des manifestations populaires du pays, la culture brésilienne, comme la culture de toute l’Amérique latine selon ce que j’en ai entendu dire, apporte un réconfort profond dans l’accueil et l’amitié qui se font généreux.

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Nous sommes des êtres de relations. À moins d’être psychopathes – et ce n’est tout de même pas une maladie très courante -, nous avons besoin de l’affection des autres pour bien grandir et nous accomplir dans ce que nous sommes. C’est là un état de fait que j’ai longtemps trouvé des plus absurdes (si une personne peut prendre soin d’elle-même, travailler indépendamment et se procurer ce qu’il lui faut dans cette société, pourquoi aurait-elle besoin d’entrer en relation d’amitié?), mais je n’ai toujours pu que constater que c’était le cas. Devant cette constatation, il ne reste plus qu’à approfondir le pourquoi et le comment, mais surtout, à accueillir cette nécessité et à passer par dessus ses craintes d’être blessé…

Je viens d’une société où je dois faire attention de ne pas mettre ma main sur l’épaule ou le bras des inconnus que je rencontre pour ne pas les mettre mal à l’aise, où la politesse me demande d’éloigner la partie de mon corps qui, par inadvertance, entrerait en contact avec un autre. Ici, les contacts physiques font partie de l’ordre naturel des choses, et un homme peut jouer avec un enfant qui n’est pas de sa famille sans que tous se demandent s’il n’est pas pédophile. Que de carences affectives doivent être évitées, dans cette culture! On l’a déjà horriblement démontré avec de jeunes enfants: les contacts physiques sont nécessaires au bon développement de l’être humain.

Et moi, dans ce que je suis, dans ce que j’ai grandi, autant j’ai soif de ces contacts, autant je m’aperçois que je ne sais pas toujours les accueillir. Je manque d’entrainement, il me semble, pour pouvoir les considérer normaux et ne pas les rechercher pour moi-même, mais les donner gratuitement. C’est ainsi qu’on peut bien toucher (physiquement) quelqu’un: en se donnant. Nous sommes faits pour nous donner, et nous en avons besoin pour nous accomplir. Ce n’est pas moi qui le dis! Il faut lire la théologie du corps qu’a développée Jean-Paul II…

Dieu, le Premier, nous donne l’exemple d’un don total. Dans son sacrifice sur la Croix, mais aussi (dans ce même sacrifice) par l’Eucharistie. Dieu qui se fait nourriture pour nous! Tout un abaissement, mais plus que ça… Un prêtre du diocèse de Québec utilise carrément l’expression “faire l’amour”. “Allons faire l’amour avec Dieu”, formule-t-il comme invitation à la table eucharistique. Cette expression un peu provocatrice permet d’approfondir le véritable sens non seulement de l’Eucharistie, mais aussi des relations sexuelles. Dieu se donne, là, dans tout son corps et son être, pour rejoindre notre corps et notre être, par amour, dans l’amour. C’est cela qu’est vraiment “faire l’amour”.

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D’ailleurs, je le comprends parfois de l’intérieur lorsque je serre (chastement) mon fiancé dans mes bras, qu’il me rend mon étreinte et que, dans l’affection que je lui porte, ça ne semble pas me suffire, j’aurais envie de me fondre en lui… J’ai un jour réalisé que “faire l’amour” avec lui me le permettrait. Il ne s’agit pas là de désir sexuel, mais d’une pure expression d’affection, et mon être me mène tout de même vers le don…

C’est ce que j’essaie d’apprendre dans la culture brésilienne communautaire où j’ai la chance de me trouver: accueillir et donner mon affection dans des contacts physiques chastes et amicaux, me donner moi à travers mon corps…

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