Dessine-moi un personnage… biblique!

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, septembre 2019

Saint Paul: « Votre appel est important pour nous… »

Par Alain Faucher, prêtre

N’ayez crainte : saint Paul ne vient pas de se recycler dans le service téléphonique à la clientèle, malgré tous ses talents de communicateur! S’il reprend du service dans la chronique consacrée aux personnages bibliques, c’est simplement parce que nous n’avons jamais fini d’épuiser sa contribution pour notre vie de foi quotidienne. Ses initiatives d’apôtre, appelé et envoyé, et ses soucis de pasteur ont bien des choses à nous inspirer en cette saison de relance de la vie missionnaire et pastorale. J’y reviens plus loin.

Nous avons une autre raison d’évoquer le personnage de Paul dans cette chronique. Nous arrivons au terme de la première décennie écoulée depuis sa mise en évidence extraordinaire des années 2008-2009; vous vous souvenez peut-être de cette année paulinienne exceptionnelle, proposée par le pape Benoît XVI?  On célébrait alors, partout sur la planète, l’appel reçu par Paul: vivre en apôtre de la résurrection du crucifié.

Grâce à son écoute de cet appel stratégique, Paul s’inscrit comme ancêtre dans la foi de la majorité d’entre nous. En effet, nous portons plus d’ADN de la diversité des nations que d’ADN judéen concentré! Que Paul ait entendu l’appel de Dieu à développer la foi des nations a donc, encore aujourd’hui, un impact sur notre spiritualité profonde. Notre réalité d’enfants adoptés par Dieu peut donner de bons fruits. Parce qu’un jour, Paul a pris au sérieux l’appel de l’Esprit…

Dépoussiérer l’héritage

L’année paulinienne a permis d’intégrer à notre spiritualité l’apport de l’apôtre des nations. Ce fut un feu roulant de conférences, de colloques, d’articles, de pèlerinages, d’événements originaux et très courus. Je me considère béni d’avoir pu apporter quelques petites contributions à ce feu d’artifice paulinien. Des collègues pasteurs m’ont ainsi donné la chance d’explorer plus à fond ma propre adhésion aux manières de vivre et de penser de cette dynamo pastorale.

J’ai constaté que j’avais la détestable habitude de lire distraitement la deuxième lecture du dimanche. J’ai commencé à prendre au sérieux chaque extrait de lettre proposé à notre méditation par le Lectionnaire; avec à la clé le défi de varier dans ma prédication l’équilibre de cet extrait épistolaire avec les apports des évangiles et les extraits du Premier Testament. Ici aussi, je dois m’avouer que « votre appel est important pour nous »!

Dix ans plus tard, j’hésite encore à inviter saint Paul dans la vie de mes lecteurs ou de mes auditeurs. Je peine à me laisser d’abord toucher moi-même par ces propos tirés des lettres d’une autre époque. Voilà le plus difficile! Les fragments proposés à notre attention par le Lectionnaire du dimanche sont souvent dissociés de leur contexte porteur… et du nôtre. Il faut beaucoup de recherche avant de voir poindre des fruits attirants et nourrissants. Et, souvent, la cohérence entre les textes proposés n’est pas au rendez-vous. La récolte se révèle mince et généralement décourageante.

Dix ans déjà depuis la fin de l’année paulinienne, je résiste encore… Et le temps, autour de moi, a un peu émoussé l’intérêt. On a moins le loisir de s’extasier de l’appel entendu par Paul ou de ses conséquences. À la fin de l’Année jubilaire spéciale consacrée à ce cher homme, on passa assez vite à autre chose. Puis un autre pontificat débuta, avec d’autres priorités, d’autres manières d’écrire, d’autres ingrédients spirituels. Certes, avec les menus du pape François, l’Église vit tout le contraire de la disette. Le Pape nous propose une abondance… joyeuse! Mais quand même, la question se pose en cet anniversaire: que reste-t-il du personnage de saint Paul après ces dix années fort mouvementées, centrées sur d’autres préoccupations, d’autres projets, d’autres inquiétudes?

Doit-on, peut-on revisiter les acquis de l’année paulinienne?  Je me pose en fait la question qu’on peut appeler celle du « service après-vente ». Nous avons offert beaucoup. Avons-nous supporté la motivation des fidèles? Avons-nous entretenu notre propre motivation à fréquenter adéquatement saint Paul? Depuis cette sainte année, nous sommes-nous équipés pour mettre en valeur les diverses contributions cette colonne de l’Église primitive? Prenons-nous le temps de relire en profondeur ses lettres qui sont vite devenues une des bases du Nouveau Testament?

Des solutions « à la saint Paul »

L’œuvre épistolaire de Paul est un exploit de communication peu banal dans l’Antiquité. Cet auteur sacré et enflammé fournit à lui seul, avec ses lettres authentiques, une page sur cinq du Nouveau Testament. La proclamation de la résurrection de Jésus s’alimente à ce corpus écrit laborieusement, au rythme de 75 mots à l’heure selon les spécialistes… La technologie du papyrus et du calame était loin des délires de productivité de notre traitement de texte informatique! Sommes-nous disposés à recevoir la communication initiée il y a presque deux millénaires?

Les besoins actuels de nos communautés chrétiennes, associées mais dispersées, pourraient peut-être se combler grâce à des tactiques de communication utilisées autrefois par saint Paul. Évidemment, nous ne subissons plus les délais de plusieurs mois requis jadis pour le traitement de chaque appel au secours lancé par une communauté. Notre ère d’instantanéité permet des réponses à très court terme.

Il n’est plus toujours nécessaire d’être physiquement présents pour agir comme des personnes en communion profonde. La gouvernance pastorale n’est plus condamnée à se laisser diluer par la vastitude des territoires. Serait-ce la grâce de notre époque: des technologies largement distribuées qui véhiculent des contenus et des consignes utiles pour la vie de foi, d’espérance et de charité? Tant qu’à y être, si ce n’est déjà fait, on pourrait peut-être faire proclamer Paul comme saint patron de la formation à distance!

En effet, les besoins de formation se multiplient. Il y a la formation à dispenser aux membres des nouvelles équipes d’animation des communautés locales. Il y a la formation à la vie chrétienne. Il y a aussi la formation chrétienne fondamentale à assurer auprès des nouveaux adhérents adultes engagés dans des vies professionnelles et familiales exigeantes et chronophages.

En nous alimentant à l’expérience des travaux apostoliques de saint Paul, nous pouvons dépasser le niveau « information » et « formation » pour enrichir la gouvernance pastorale de certaines entités. Certes, rien ne remplace dans les processus de discernement le face-à-face, le présentiel patient et interactif. Mais tout se noue dans le dosage. Si on réussit à consolider une certaine proportion d’activités grâce à une gouvernance à distance, on vient de contribuer de manière écologique à une meilleure qualité de vie pastorale. Un autre appel dont nous aurons raison de dire: « Votre appel est important pour nous! »