Consacrées et consacrés … à se laisser déranger!

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, avril-mai 2019

Par René Tessier

Le dimanche 3 février dernier, la Journée (annuelle) de la vie consacrée rassemblait près de 300 personnes en l’église Saints-Martyrs-Canadiens, malgré la mauvaise température. Trois religieuses, un religieux et le curé de la paroisse sont intervenus à partir d’un thème tout à fait d’actualité : « Le grand dérangement » dont nos communautés religieuses et nos communautés chrétiennes font l’expérience. Sont intervenues d’abord les supérieures de deux congrégations contraintes à quitter leurs ensembles conventuels pour emménager dans de nouveaux immeubles à usage public. Puis ce fut la supérieure d’une communauté qui, elle, en a accueilli plusieurs autres ces dernières années à sa Maison généralice : les Sœurs de la Charité de Québec. Après quoi l’assistance a pu entendre le témoignage d’un religieux missionnaire et la vision d’un pasteur de paroisse. Nous en publions de larges extraits ci-après. En remerciant ces personnes d’avoir rédigé et déposé le texte de leurs allocutions. R.T.

 

Double grand dérangement en six mois seulement

(Sœur Anne-Marie Richard, supérieure provinciale, Servantes du Saint-Cœur de Marie)

Dès 2012, nous avions amorcé une réflexion sur l’avenir de notre congrégation au Canada. Avec le Comité Vision Avenir au Québec, nous avons cheminé pendant cinq ans. Vu notre grand nombre, au-delà de 300 sœurs, nous n’envisagions pas de nous joindre à une autre communauté. Au cœur de notre cheminement, les sœurs Ursulines se sont jointes à nous, à notre projet déjà en marche. Nous sommes toujours heureuses de les accueillir et de faire route avec elles.

Quelques éléments me semblent indispensables, lors de déplacements de grande importance: informer nos sœurs régulièrement, les consulter et les impliquer dans les démarches et prises de décisions. Il importe également de cheminer ensemble, d’accompagner, de faire place au vécu des personnes. En guise de préparation, nous avons offert des sessions, des animations, des textes sur les changements, le leadership partagé, etc. Toute l’animation de la province est centrée sur la réalité des changements vécus par la communauté et doit contribuer à la croissance et le cheminement des sœurs. Une grande attention doit être donnée à l’expérience humaine et spirituelle vécue au cœur de ce grand dérangement, car il faut bien avouer que la logistique et les affaires matérielles demandent beaucoup de temps et d’énergies.

Le cheminement à long terme, l’accompagnement, l’aide, l’entraide, l’implication et le support de toutes les sœurs de la province ressortent comme des points forts de notre expérience. Cependant, nous ne pouvons faire fi des difficultés, des souffrances et des déchirements liés à de tels passages. Je fais mention des 12 décès survenus depuis notre déménagement. Savoir garder une place pour notre charisme et notre spiritualité, nos fondateurs et certaines coutumes et traditions de notre congrégation, a été source d’inspiration et lumière tout au long de notre parcours. De petits gestes, telle la bénédiction de notre père Fondateur, la présence pour le départ et l’installation ont grandement aidé aux déplacements extérieurs et intérieurs à vivre.

Alors que dans nos maisons, avec toute l’organisation sur place (locaux communs, nos chambres, nos chapelles,) vivre nos valeurs, notre charisme et spiritualité allait davantage de soi, nous devons découvrir l’autrement dans un milieu organisé pour des personnes laïques avec du confort, des services et dans un environnement à caractère non spécifiquement religieux. Dans cet environnement autre, les dimensions importantes de notre vie consacrée demandent une grande attention et nous devons en prendre soin : la vie de prière, la vie communautaire et la mission ailleurs, autrement, etc.

Si déjà nous accordons l’importance à la Parole de Dieu, il est essentiel de donner une place de choix aux écrits de nos Fondateurs, aux orientations de nos chapitres généraux, aux documents de l’Église, etc. Je peux dire que les sœurs vont bien; elles s’adaptent, malgré des difficultés pour certaines. Elles sont admirables, inventives, créatives, femmes de foi et de prière et notre « Esprit de famille » est là bien présent à travers et avec toute cette nouveauté. Nous prenons conscience à nouveau, que vivre des changements est un élément constitutif de notre vie consacrée et que nous restons à la suite du Christ. Un tel dérangement fait appel à tout ce que nous sommes comme femmes consacrées. Selon moi, c’est une chance inouïe pour revoir notre premier appel, tourner notre regard sur ce qui est essentiel dans notre vie. C’est un temps de foi; un temps privilégié pour intensifier notre relation à Dieu et nous ouvrir à la nouveauté de l’Esprit.

Une nouvelle mission s’ouvre devant nous : dire l’amour de Dieu, le témoignage de notre vie communautaire, notre Esprit de Famille, tout cela est possible partout où nous sommes peu importent l’âge et la santé. C’est une occasion de revoir le sens de notre mission, de vivre une vie religieuse en sortie; d’aller vers d’autres périphéries géographiques et existentielles; d’aller à la culture de la rencontre, tel que nous l’indique notre pape François.

Enfin, peu à peu, nous prenons conscience que nous vivons un temps de grâce, le temps de Dieu pour nous; que c’est le Seigneur qui conduit notre histoire. Sinon tous ces passages et ces déplacements n’auraient pas de sens. Au cœur de ce grand dérangement, nous croyons que c’est Dieu qui nous appelle et nous envoie et les Sœurs Servantes du Saint-Cœur de Marie continuent d’écrire des nouvelles pages de leur histoire.

 

Tourner une page centrale dans nos 378 ans d’histoire

(Sœur Cécile Dionne, supérieure générale des Ursulines de l’Union canadienne)

Qui aurait pu penser qu’un jour il nous faudrait quitter le Monastère fondé par Marie de l’Incarnation en 1639? Monastère toujours habité par des Ursulines qui croyaient y finir leurs jours près du tombeau de la Fondatrice et à deux pas du Musée évocateur d’un riche passé séculaire; un monastère lié de très près au développement de la Nouvelle-France, un patrimoine unique à sauvegarder. Quitter ces lieux nous apparaissait a priori impensable; plus impensable encore de le proposer à nos sœurs! Mais l’impensable devenait l’inévitable. En toute lucidité, il nous fallait courageusement envisager la réalité:

  –     Diminution  du nombre de religieuses (âge moyen 80 ans et plus).

  –     Absence de relève au Québec.

  –     Peu de religieuses pour assumer les tâches d’administration et de gestion.

  –     Entretien coûteux des bâtiments et exigences des mises aux normes pour la sécurité.

  –     Échelle salariale croissante d’année en année et diminution de nos revenus.

Le chapitre 2015 avait donné au conseil général un triple mandat: trouver une solution viable et permanente pour l’avenir des monastères; assurer le bien-être de chacune des religieuses et leur vie communautaire; nous dégager complètement de l’administration et de la gestion.

Pour intéresser un promoteur, vu notre petit nombre (60 religieuses environ) il fallait nous joindre à une autre communauté. Une opportunité s’est présentée à nous et nous a amenées à procéder plus vite au discernement avec nos sœurs du Monastère. Comme responsables locales, provinciales et générales, nous étions bien conscientes que la perspective d’un déplacement géographique provoquerait une désinstallation de nos positions intérieures, de nos visions d’avenir, un virage à 180 degrés; avec tout ce que cela signifie affectivement et psychologiquement.

Convaincues cependant que nos religieuses étaient des femmes de foi, porteuses de l’ADN de Marie de l’Incarnation, nous leur avons fait confiance; elles nous ont aussi fait confiance, ce qui nous a beaucoup aidées. Leur foi allait devenir le levier qui permettrait le déplacement vers l’avenir, malgré l’arrachement au passé. En cela, nos sœurs du premier Monastère au Québec deviendraient les premières à ouvrir la voie de l’avenir à leurs sœurs de toute l’Union canadienne. Nous leur avons d’abord présenté les réalités en demandant de nous suggérer les solutions qu’elles envisageaient. Ce sondage a été colligé et présenté à nos conseillers pour vérifier la faisabilité des propositions. Les conclusions ont été présentées à la communauté avec les scénarios possibles de faisabilité. Au terme de plusieurs rencontres confidentielles d’informations, de réflexion, de suivis des démarches, nous avons conclu qu’il nous fallait nous relocaliser; donc quitter notre Monastère.

Pendant ce temps, le Comité de l’avenir cheminait confidentiellement pour vérifier si l’opportunité qui se présentait à nous s’avérait réalisable. Les Sœurs Servantes-du-Saint-Cœur-de-Marie nous ont réservé un accueil large et généreux lorsque nous avons manifesté le désir de les rejoindre dans leur projet. Mentionnons que pour les religieuses des deux communautés, c’est le jour de l’annonce officielle seulement qu’elles ont connu le nom de leur communauté-sœur…

Le Chapitre avait recommandé de vivre, parallèlement à ce dépouillement, une authentique démarche spirituelle. Celle-ci comportait trois temps. Il fallait ensemble nommer les passages à vivre dans la foi; entrer dans un processus de libération intérieure; actualiser notre offrande en vue de la mission.

Sans nier les étapes de deuil inévitables, nous avons voulu regarder en avant et vivre ce grand dérangement comme un appel à « sortir », vers un nouveau champ de mission, une invitation à vivre un exode selon l’expression du pape François. Nous étions invitées à une mission nouvelle au milieu de nos sœurs et frères confrontés comme nous aux défis de l’avancée en âge pour nous enrichir mutuellement dans le partage de nos expériences respectives. Cette mission se continue au Monastère du Vieux-Québec sous de nouvelles formes (école, CPE, bureau des services de la Ville, Pôle culturel et autre à venir), offrant accessibilité à notre patrimoine culturel historique et religieux.

Je suis émerveillée devant la foi de nos sœurs, qui vivent non sans peine mais sereinement ce passage. Elles sont inspirées par la traversée audacieuse de Marie de l’Incarnation, qui a quitté son fils pour répondre à l’appel missionnaire. Peut-on quitter plus qu’un fils? Nous allons nous aussi vers de nouveaux horizons, dans un nouveau monde et selon le conseil de notre fondatrice sainte Angèle, nous y allons « les yeux fixés sur Jésus Christ ». J’ai aussi retenu un commentaire de Josée Desmeules dans le Prions en Église de l’Épiphanie: « Nous ne devons jamais demeurer assises, immobiles, mais être toujours en mouvement extérieurement et intérieurement pour devenir nous-mêmes des étoiles pour les autres. »

Un message reçu récemment de nos sœurs de l’Union Romaine illustre bien cette réflexion, tout en mettant en lumière ce que le grand dérangement géographique a produit en nous de cheminement intérieur en nous resituant sur l’Essentiel :

En vous détachant de ce lieu historique et si marquant vous faites un choix radical qui témoigne de notre consécration au Christ: les personnes sont plus importantes que les bâtiments, le temps présent dans lequel le Seigneur nous place importe plus que le poids                                               de l’histoire, la liberté intérieure de toujours re-choisir Celui qui est le cœur de notre route l’emporte sur toute autre considération. Ce pas énorme est pour nous, toutes, un signe très fort qui vient interpeller nos propres choix et stimuler notre marche. 

Somme toute, un grand dérangement, certes; mais un dérangement fécond qui devient témoignage, source de vie et qui ouvre sur un « avenir plein d’espérance ».

 

Savoir ouvrir des portes

(Sœur Monique Gervais, supérieure générale des Sœurs de la Charité de Québec)

La Maison généralice, située à Beauport, héberge 341 religieuses, de cinq Congrégations différentes, ainsi que deux prêtres. On y trouve 254 Sœurs de la Charité de Québec, 56 Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc, 27 religieuses Missionnaires Notre-Dame d’Afrique, trois Sœurs de la Visitation (de Sainte-Marie) et une Servante du Saint-Sacrement. De 2007 à 2016, nous avons aussi accueilli les cinq membres du Conseil général des Augustines de la Miséricorde.

L’histoire de l’ouverture de nos maisons à d’autres congrégations remonte à notre Fondatrice. Dès les débuts, notre chère et vénérée Mère Marcelle Mallet a accepté d’héberger, dans sa maison de la rue Saint-Olivier à Québec, des Religieuses de Jésus-Marie.  Il s’agissait alors de leur donner un toit jusqu’à ce que leur résidence soit prête.

Au tournant du millénaire, huit Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique sont arrivées successivement à notre infirmerie. Nous leur avons donné le seul espace dont nous disposions, au 6e étage du Pavillon Notre-Dame. Puis, en octobre 2004, les Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique ont demandé que d’autres de leurs sœurs viennent s’ajouter. Toutes les congrégations diminuaient, même la nôtre…

Le Conseil général de l’époque s’est alors posé la question: dans quelques années, qu’allons-nous faire avec notre grande maison? Se faire construire une nouvelle résidence et vendre la Maison généralice? Ou bien conserver la Maison généralice et l’aménager afin de pouvoir accueillir d’autres congrégations qui devraient quitter leur résidence? Après avoir consulté nos sœurs sur cette question, nous avons décidé que l’accueil serait la mission de notre maison, qui deviendrait un centre intercommunautaire.

Nous devions dès lors procéder à de nouveaux aménagements. Sur ce point également, nous avons donc consulté les Sœurs. L’une de nos communautés locales était installée depuis seulement deux ans sur un étage qui venait d’être rénové. Les sœurs de cette communauté se sont unies et ont décidé qu’il serait bon que nos amies missionnaires d’Afrique puissent être accueillies dans ces lieux encore tout neufs. Ces soeurs ont alors accepté d’être réparties dans trois autres communautés locales de la maison. La même année, les Sœurs de la Visitation de Lévis étaient obligées de quitter leur monastère. Nos religieuses ont accepté que le nombre de chambres soit diminué et que soient restreints les espaces sur l’étage des retraites, afin qu’une section soit réservée aux Visitandines. Il ne restait qu’à installer une porte.

Au printemps 2006, lorsque vint la demande d’accueillir le Conseil général des Augustines, nos supérieures provinciales sont déménagées à leur tour pour leur laisser les locaux qu’elles occupaient. Elles sont demeurées avec nous jusqu’après leur dernier chapitre à l’été 2015.

Enfin, en 2010, la demande des Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc a été étudiée à son tour.    Avec l’arrivée du premier groupe dès 2013 et d’un 2e groupe en 2014, plusieurs sœurs qui avaient leur chambre au 7e étage acceptèrent de déménager sur d’autres étages.  Elles avaient tout de suite compris l’importance que les Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc soient logées toutes ensemble, pour favoriser leur vie communautaire.

En même temps que nous acceptions l’accueil d’autres congrégations, nous avons mis à leur disposition les services de l’infirmerie, selon leurs besoins, ainsi que les autres différents services, tels la physiothérapie, l’ergothérapie, la podologie, la coiffure, etc.  Elles avaient dès lors droit aux mêmes services que les Sœurs de la Charité. Nous avons été heureuses d’accueillir ces congrégations. Compréhensives devant leur situation, compatissantes devant les deuils qu’elles avaient à faire en quittant leur résidence, nous avons davantage réalisé la chance que nous avions de pouvoir conserver la nôtre; notre diminution croissante facilitait l’ouverture de nos portes. 

Avant que les Sœurs de Ste-Jeanne d’Arc n’arrivent pour de bon, nous les avons invitées à visiter notre maison avant leur arrivée. Nous étions conscientes que voir les lieux les préparerait au déménagement, que le premier contact avec les résidantes de la maison faciliterait la création des liens fraternels. Nous avons alors vécu un temps d’échanges autour d’une collation. Dès lors, l’ambiance en a été une de fraternité entre toutes les sœurs.

Depuis 2013, les unes et les autres se côtoient quotidiennement, alors que les Visitandines sont rendues à l’infirmerie. Les célébrations eucharistiques et les repas font que nous nous retrouvons pour la prière et le partage. À la cafétéria, aucune place n’est réservée; les repas se prennent tout naturellement ensemble, ce qui n’empêche nullement les communautés qui désirent se rassembler de le faire selon les événements ou leur besoin. Les célébrations des Fêtes de Noël et du Nouvel An, de même que les fêtes des centenaires et des jubilés sont vécues ensemble en présence des familles invitées, de quelque communauté que ce soit; ce qui n’empêche nullement que des fêtes strictement intra-communautaires soient vécues dans un temps réservé à chacune.

Si nous partageons les joies, nous partageons aussi les peines: lors d’un décès, les sœurs des autres congrégations sont présentes à la célébration de la Parole au salon funéraire ainsi qu’au moment des funérailles. Si l’une d’entre nous doit faire un séjour à l’infirmerie, elle peut compter sur la visite occasionnelle des sœurs de l’une ou l’autre congrégation. La célébration de Laudes, de Vêpres et de la messe quotidienne peut être vécue ensemble en toute liberté.

À la suite de notre chapitre de 2016, nous avons tenté une nouvelle formule pour l’animation spirituelle propre à notre Congrégation. Bâties autour du thème de l’harmonie avec Dieu, avec soi, avec les autres et avec la nature, chaque étape développe un sous-thème sous forme d’une réflexion priante, qu’un vidéo vient concrétiser sous forme symbolique. Chaque étape regroupe les sœurs à la salle Marcelle-Mallet et est aussi diffusée dans la maison et à l’infirmerie pour nos sœurs malades grâce à la télévision communautaire. Comme les sœurs des autres congrégations suivaient avec intérêt ce temps de réflexion par la télévision et demandaient de recevoir les documents, nous avons ouvert les portes de la salle à toutes celles qui le souhaitent. La vie spirituelle n’a pas de frontières, n’est-ce pas? Lorsqu’un prédicateur est invité, toutes ont l’opportunité de participer si elles le désirent; encore là, il y a retransmission par la télévision communautaire. Tout cela n’empêche pas chaque congrégation de vivre à sa manière personnelle sa propre spiritualité.

Certaines sœurs d’autres congrégations ont souhaité donner un coup de main à la lingerie ou encore exercer leurs talents au centre d’artisanat. D’autres aident au voiturage, pour la conduite des sœurs aux rendez-vous. De même, du côté de l’infirmerie, sur chacun des étages, une sœur de la Charité a la responsabilité de l’animation et une autre agit comme « adjointe »; elles restent en contact direct avec les sœurs de leur congrégation qui sont hospitalisées. De plus, lorsqu’est venu le moment de trouver des remplaçantes pour le service de la sacristie, nous avons fait appel à l’expérience des Sœurs de Sainte-Jeanne d’Arc.  Trois d’entre elles ont accepté de s’engager à ce service qu’elles accomplissent à notre très grande satisfaction.

Maintenant, nous sommes à l’heure où nous devrons bientôt vivre toutes ensemble un « grand dérangement » en partageant l’avenir. En effet, nous entrons dans le réaménagement de la Maison généralice, avec la transformation des chambres et des salles sur chaque étage. Déjà, les sœurs à l’étage de pré-infirmerie ont commencé à quitter ce lieu pour l’une ou l’autre des unités de soins. Toutes nos congrégations seront touchées par ces transformations. C’est donc ensemble que nous sommes appelées à vivre cette étape qui fait appel à la participation de chacune; elle nous invite au renoncement et à l’adaptation dans la collaboration.

 L’accueil des sœurs d’autres congrégations a été et demeure une grâce pour chacune de nous. En ouvrant les portes de notre maison, nous avons aussi ouvert les portes de nos cœurs en accueillant les autres sœurs telles qu’elles sont, bien conscientes qu’elles aussi avaient à nous accueillir telles que nous sommes. Le partage de nos charismes, de nos spiritualités et de nos expériences s’avère une grande richesse. Nous formons vraiment une grande famille dont les membres s’aiment et se respectent dans leurs différences. Pour toutes les Sœurs de la Charité, c’est une bénédiction.

Le grand dérangement, c’est un cadeau magnifique qui nous permet de voir de quel amour nous sommes capables !