Chronique d’un religieux : Contempler pour se nourrir

Chronique d’un religieux : Contempler pour se nourrir

Sainte Thérèse de L’Enfant Jésus de la Sainte Face, a développé « la petite voie », la spiritualité de l’enfance. Elle disait : « La Sainteté, c’est une disposition du cœur, qui nous rend humbles et petits entre les mains de Dieu, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père. »

Mais comment être « humbles et petits entre les mains de Dieu, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu’à l’audace en sa bonté de Père. »? Tous ces saints et saintes de l’Église, qui visaient la vie parfaite, l’union à Dieu, comment ont-ils vécu cela? Oui, ils ont mis la Parole de Dieu en pratique. Mais pour mettre la Parole en pratique, ils devaient tout d’abord se nourrir de la Parole, mais ils devaient aussi se nourrir en puisant leur force dans la prière et les sacrements.

La prière d’oraison et la prière d’adoration sont pour moi des plats de choix. Cela nous rend vraiment fort. Les prières vocales sont importantes, mais les prières mentales (sans paroles audibles), sont très importantes pour développer une relation d’intimité avec le Seigneur. J’ai choisi quelques textes de saints pour nous parler de ces prières, et pour nous donner le goût de les pratiquer. Voici ce que dit la bienheureuse Élisabeth de la Trinité, au sujet de l’adoration :

« L’adoration, ah! c’est un mot du Ciel! Il me semble que l’on peut la définir : l’extase de l’amour. C’est l’amour écrasé par la beauté, la force, la grandeur immense de l’Objet aimé, et il « tombe en une sorte de défaillance », dans un silence plein, profond, ce silence dont parlait David lorsqu’il s’écriait : « Le silence est ta louange! » Oui, c’est la plus belle louange, puisque c’est celle qui se chante éternellement au sein de la tranquille Trinité, et c’est aussi le « dernier effort de l’âme qui surabonde et ne peut plus dire »… » (Dernière Retraite 21)

Elle disait aussi : « La foi, c’est le face à face dans les ténèbres. » (Élisabeth de la Trinité, Lettre, 193)

Cette notion des ténèbres pour parler de la foi, est présente dans la tradition chrétienne depuis longtemps. Ainsi, saint Grégoire de Nysse parle de la « ténèbre lumineuse » : « la connaissance religieuse est d’abord lumière quand elle commence à apparaître : en effet elle s’oppose à l’impiété, qui est ténèbre, et les ténèbres se dissipent par la jouissance de la lumière. Mais plus l’esprit, dans sa marche en avant, parvient, par une application toujours plus grande et plus parfaite, à comprendre ce qu’est la connaissance des réalités et s’approche davantage de la contemplation, plus il voit que la nature divine est invisible. Ayant laissé toutes les apparences, non seulement ce que perçoivent les sens, mais ce que l’intelligence croit voir, il va toujours plus à l’intérieur jusqu’à ce qu’il pénètre, par l’effort de l’esprit, jusqu’à l’Invisible et à l’Inconnaissable et que là il voie Dieu. La vraie connaissance de celui qu’il cherche, en effet, et sa vraie vision consistent à voir qu’il est invisible, parce que celui qu’il cherche transcende toute connaissance, séparé de toute part par son incompréhensibilité comme par une ténèbre. »

Grégoire de Nysse, Vie de Moïse, Sources chrétiennes, 1 Bis, paragraphes 162-163

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Cette idée de ténèbre lumineuse restera présente dans la tradition chrétienne. Et pour conclure, prenons la conclusion de l’Itinéraire de l’esprit vers Dieu de saint Bonaventure :

C’est en effet dans ce détachement sans mesure de toi-même et de tout et dans cette absolue pureté d’esprit que l’extase te fera monter jusqu’au rayon suressentiel de la divine ténèbre, dépouillé de tout et libre de toute attache. Comment cela peut-il se faire, demandes-tu? Interroge la grâce et non la science; le désir et non l’intelligence; les gémissements de la prière et non l’étude des livres; l’époux et non le maître; Dieu et non l’homme; l’obscurité et non la clarté; non la lumière qui brille mais le feu qui embrase tout entier et qui transporte en Dieu par les onctions de l’extase et les plus brûlantes affections.

Ce feu, c’est Dieu lui-même, et « son foyer se trouve dans la sainte Jérusalem ». C’est le Christ qui l’a allumé par la ferveur dévorante de sa Passion, et celui-là seul en reçoit vraiment les atteintes, qui s’écrie : « Mon âme a souhaité prendre son vol et mes os ont demandé la mort ». Quiconque désire une telle mort peut voir Dieu, car on ne peut douter de la vérité de cette parole : « L’homme ne me verra pas de son vivant ». Mourons donc et entrons dans les ténèbres; Imposons silence aux préoccupations, à la concupiscence et l’imagination sensible. Passons avec Jésus crucifié « de ce monde au Père ». Après avoir vu le Père, nous déclarerons avec Philippe : « cela nous suffit ». Transportés de joie nous chanterons avec David : « Ma chair et mon cœur défaillent, ô Dieu de mon cœur, mon partage pour l’éternité. Béni soit le Seigneur éternellement et que tout le peuple s’écrie : Fiat, qu’il soit fait ainsi! » Amen. (texte final de l’Itinéraire de l’esprit vers Dieu de saint Bonaventure)

Lorsque nous prions, mourons donc aux préoccupations de ce siècle, et entrons dans les ténèbres de la contemplation, pour y voir Dieu. Nous pourrons ensuite porter du fruit et rayonner Jésus sur le monde, qui en a tellement soif.

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