Au lendemain du Synode sur l’Amazonie

Article tiré de la revue Pastorale-Québec, décembre 2019

Par René Tessier

On a peu entendu parler, pour l’heure, des résultats du Synode des évêques sur l’Amazonie, qui se tenait à Rome du 6 au 27 octobre. Un incident déplorable1 a défrayé les manchettes ici et là. Si très peu de choses sont parues dans les médias séculiers, s’il faudra comme toujours attendre quelque temps la publication d’une exhortation apostolique post-synodale2, nous pouvons d’ores et déjà en évoquer quelques-unes des conclusions.

Mieux reconnaître l’apport des femmes

Un premier élément qui se dégage du document final publié le 26 octobre, c’est qu’il faudrait reconnaître davantage « le rôle essentiel des femmes » dans la famille, la communauté amazonienne et l’Église. Le Synode ne va pas jusqu’à recommander qu’elles deviennent éligibles au diaconat mais suggère que leur leadership se traduise par plus de fonctions de responsabilité. Dans l’immédiat, le Synode a demandé au pape François que soit revue la Lettre apostolique de Paul VI Ministeria Quedam (1972), pour que des femmes soient éventuellement mandatées lectrices et acolytes, en plus d’instituer un nouveau ministère féminin, « leader de communauté » ou l’équivalent.

Le pape François s’est montré ouvert aux suggestions du genre. Il a toutefois tenu à indiquer qu’il faudrait surtout mieux saisir « ce que les femmes peuvent signifier dans l’Église » et ne pas se focaliser uniquement sur les titres ou les fonctions qu’on pourrait leur assigner. Le document synodal suggère aussi que « la voix des femmes soit entendue, qu’elles soient consultées et participent à la prise de décisions dans l’Église ».

La possibilité d’ordonner des femmes au diaconat dans l’Église catholique est à l’étude à Rome depuis 2016. En mai dernier, le Pape a fait savoir que les 12 membres du comité de réflexion n’avaient pas pu parvenir à un consensus complet sur la forme et les modalités, qu’il fallait par conséquent poursuivre la recherche. Les délégués au Synode sur l’Amazonie souhaiteraient « partager (leurs) expériences et réflexions » avec ce comité.

Avant tout, la conversion dans les manières de faire

Le mot le plus récurrent du Document final est certainement « conversion ». Il est question également de « nouveaux chemins ». Toutefois, ces termes n’y font pas l’objet d’une définition précise. La conversion se veut intégrale, pastorale, culturelle, écologique et synodale (les cinq grands chapitres du Document).

Des modifications pastorales sont envisagées à petites doses, ou considérées sur un bon laps de temps. Ainsi, la question controversée des viri probati, ou l’hypothèse d’ordonner au presbytérat des hommes mariés ayant prouvé leur valeur en Église, a donné lieu à une proposition: avoir plus de diacres en service et des critères pour que certains de ceux-ci accèdent éventuellement au ministère sacerdotal, « selon les besoins de la région ». Le Synode souhaite par ailleurs la mise en place d’une commission d’étude qui pourrait élaborer un rite proprement amazonien; lequel serait l’expression du « patrimoine liturgique, disciplinaire, théologique et spirituel amazonien, avec une référence spéciale à ce que Lumen Gentium affirme pour les Églises orientales ».

Par ailleurs, bon nombre de prêtres d’origine latino-américaine, dont plusieurs de Colombie, sont actuellement en service sur d’autres continents. Des participants au Synode ont lancé l’idée d’en « rapatrier » certains. Les changements évoqués vont cependant beaucoup plus loin, dans la veine d’une véritable autonomisation des peuples du bassin de l’Amazonie, avec leurs diverses cultures.

(Sources : Agence Présence-Info, Montréal; Catholic News Service, Washington, USA; Webzine de l’agence Crux, Boston; Agence Zénit, Rome.)

 

1 Une statuette empruntée aux peuples indigènes de l’Amazonie, placée dans une église romaine pendant le Synode, a été dérobée et vandalisée par un activiste traditionnaliste. Celui-ci voulait dénoncer « un sacrilège » mais il a insulté douloureusement les représentants des peuples amazoniens invités à Rome en octobre.

2 Par exemple: un des textes les plus connus du pape François, La joie de l’Évangile, est une exhortation apostolique, qui faisait suite, non pas à un Synode cette fois-là, mais à l’Année de la foi qu’elle venait couronner.