Article tiré de la revue Pastorale-Québec, octobre 2017

Par François Jacques, prêtre

Pas moins de 400 personnes étaient réunies à l’Université Laval pour le Colloque national sur les processus de transformation des approches, des pratiques et des projets de formation à la vie chrétienne, les 23-24-25 août dernier. Elles venaient de tous les diocèses du Québec, de deux diocèses du Nouveau Brunswick et aussi un de l’Alberta : Edmonton. En présence de nombreux évêques, l’intention était d’associer le plus grand nombre de personnes possible à la réflexion et de leur donner la parole. Après les colloques Passages (2001) et Cette catéchèse qui bouscule familles et communautés chrétiennes (2007), celui-ci voulait opérer un discernement sur les façons de faire en vue de se doter d’une vision d’avenir pour avancer ensemble sur les chemins de la mission: Prendre le tournant missionnaire en formation à la vie chrétienne.

Une grande prise de conscience, qui est devenue la conviction de ce colloque, a traversé les cœurs et les esprits et les a unis d’un bout à l’autre de ces trois jours. Chacune et chacun est retourné chez soi avec la certitude que l’approche catéchétique devait changer. Une authentique formation à la vie chrétienne appelle de tous ses vœux une attitude missionnaire d’accueil et d’écoute envers chaque catéchisé ou catéchumène.

Ceci dit, on peut affirmer sans crainte de se tromper que les objectifs de ce Colloque ont été atteints. Ils se ramenaient à quatre: 1) identifier les défis et les impasses de la formation à la vie chrétienne dans son milieu; 2) s’ouvrir aux appels du Christ et de l’Esprit pour renaître ensemble par l’expérience pascale; 3) discerner des finalités de la formation à la vie chrétienne en contexte missionnaire; 4) repérer les convictions, les fondements théologiques et les facteurs humains et structurels qui permettent d’engager un processus de changement fécond. 

Des conférences qui interpellent

Derrière ces objectifs se profilait une problématique qui fut prise en compte par les principaux intervenants.

D’entrée de jeu, Suzanne Desrochers, adjointe au directeur de l’Office de catéchèse du Québec, a fait valoir que le tournant missionnaire s’enracine dans la joie d’une rencontre qui change la vie et qui implique un état permanent de mission. Elle a utilisé des textes du Concile, du pape François et de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec pour tracer quelques moments importants de l’histoire du tournant missionnaire de la catéchèse depuis Vatican II. À quoi sommes-nous conviés dans notre contexte missionnaire?  À une conversion d’Église, en vue de mieux prolonger la mission du Fils et de l’Esprit. Citant le Directoire général pour la catéchèse (1997), elle a rappelé qu’à titre de formation à la vie chrétienne, la démarche catéchuménale doit inspirer toute la catéchèse. Enfin, elle a invité les personnes présentes à entrer dans le mouvement de Pâques en regardant la mort en face, devant nos manques et nos insatisfactions, le cœur rempli d’espérance.

Enfin, voyager léger, dans la foulée du livre des Actes signifie consentir à la dépossession, au dépouillement selon le mystère pascal, tout en gardant le kérygme au premier plan. Cela présuppose quatre repères. D’abord, la foi chrétienne est accessible à une personne consciente de ses limites et de ses faiblesses. Puis, notre existence se reçoit d’une source. Ensuite, la manière de croire en l’amour de Dieu, c’est de voir Jésus comme une présence actuelle et agissante en soi. Finalement, l’Esprit travaille en soi; le reconnaître et en être témoin pour autrui.   

Gilles Routhier, professeur et doyen de la Faculté de théologie et des sciences religieuses de l’Université Laval, a invité l’assemblée à se pencher sur la vision d’Église à revisiter, afin d’inspirer des modèles inédits. Il affirme que, celle-ci étant fortement ébranlée dans ses bases, peu de ce qu’on a connu de la paroisse survivra. En dé-liaison d’avec ses fidèles, contexte missionnaire, elle doit tout reprendre à la source. Le présent contexte missionnaire l’appelle à mettre la catéchèse au centre et à partir d’elle pour recréer la communauté paroissiale. Il devient nécessaire de tout apprendre de la culture actuelle car la catéchèse s’amorce dès le dialogue pastoral. En ce sens, craindre le tournant missionnaire paraît plutôt un bon signe : c’est qu’on se laisse déranger; le prendre avec calme et retenue pourrait équivaloir à ne pas s’y engager vraiment. Aller écouter les gens avec leurs blessures, leurs souffrances et leurs angoisses permet de relire autrement la Parole de Dieu, d’apporter des réponses qui correspondent à leurs questions existentielles et de leur proposer une parole vive. Jésus n’avait pas de plan. Il se laissait émouvoir par les rencontres; il posait alors des gestes de salut déjà éloquents par eux-mêmes.

Sous mode de conte aux traits de « Vieux Médée », Yves Guérette, professeur et titulaire de la Chaire de leadership en éducation de la foi à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval, a conclu la première journée par la présentation du regard qu’un responsable de la préparation au baptême, à la séquence pardon-eucharistie et à la confirmation, a déjà porté sur les demandeurs de sacrement et celui, contemplatif, qu’il porte désormais sur la beauté et le mystère de ces mêmes personnes. Désormais, il y voit la présence de l’Esprit et le Mystère pascal en action. Le lendemain, Yves est revenu à la barre pour présenter les résultats d’une enquête sur le besoin de faire autrement en catéchèse. Il a jeté de la lumière sur les facteurs humains et structurels qui soit sont source de résistances, soit favorisent la mise en œuvre de processus de changement et la capacité de mobiliser d’autres personnes autour de soi. Comme le prophète Ézéchiel qui se lève du cœur de l’exil, une rénovation est déjà en travail chez plusieurs intervenants (Éz 12) qui se fonde sur une profonde conversion.

Un travail d’équipe amorcé en équipes

Les rencontres en ateliers auront permis à tous de s’exprimer, spécialement de reconnaître que nul ne sait trop où nous allons collectivement. Elles ont aussi facilité l’intégration des passages à réaliser. Dans un premier temps, chaque équipe devait rédiger un message discernant l’appel à s’engager dans le tournant missionnaire en formation à la vie chrétienne, et dans un second temps à identifier le passage à effectuer vers un nouveau modèle d’Église.

Finalement, des paroles d’évêque sont venues nourrir la réflexion afin que chacune et chacun reparte avec un élan intérieur à communiquer aux siens et un esprit de recherche qui ne s’arrête pas avec la fin du colloque. Mgr Alain Faubert (Montréal): notre enjeu en est un de vie et de mort puisque nous proposons la croix; aurons-nous une lecture ou vision communautaire et spirituelle de ce que Dieu veut ? Mgr Marc Pelchat (Québec): pas de formation sans relation et par celle-ci vient la transformation. Le Mystère pascal nous est présent en raison d’un trésor que nous avons de la difficulté à transmettre. Gardons confiance et humilité. Mgr André Gazaille (Nicolet): des attitudes à développer, comme accepter de se laisser déranger par l’Esprit Saint, pratiquer la contemplation de ce qui est beau et grand chez une personne, une famille ou un groupe, puis voir et aimer à la manière de Jésus. Mgr Lionel Gendron (Saint-Jean-Longueuil): pour un tournant, il suffit de bien manœuvrer. Or, notre appel à la conversion missionnaire vise plus: l’intime du cœur. D’ailleurs, la mission surgit du cœur de Dieu qui aime le monde. L’attitude de Vatican II qui nous guide baigne dans celle de Jésus avec les disciples d’Emmaüs.