Article tiré de la revue Pastorale-Québec, avril-mai 2018

Par Véronique Demers, journaliste à la pige

Colette Samson, une veuve qui a œuvré dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, pourrait être canonisée un jour. Un procès diocésain vient de s’ouvrir, sur la vie de la fondatrice de la Maison Revivre. Le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, ayant été un bon ami de feu Mme Samson, présidait la messe du 8 février à l’église Saint-Sauveur, qui marquait l’ouverture de l’enquête diocésaine en vue de son éventuelle béatification. (Bien entendu, elle devra d’abord être déclarée vénérable, sur la base de l’héroïcité reconnue de ses vertus.)

La célébration du 8 février voyait donc l’engagement solennel des membres de l’équipe responsable du dossier. Des chants, une homélie et des prières ont composé le programme de la soirée, couronnée par une visite de la Maison Revivre, au 261, rue Saint-Vallier Ouest.

L’archevêque de Québec, le cardinal Lacroix, a confié au curé de Saint-Sauveur et Saint-Roch, Mgr Jean Picher, la tâche de postulateur du dossier. L’abbé Picher oeuvrera de concert avec soeur Thérèse Cloutier, de la Congrégation de Notre-Dame. Au cours de la prochaine année, il veillera à recueillir des témoignages de gens ayant bien connu Colette Samson, née Lamontagne (1923-1991). Le principal intéressé préparera ensuite un rapport sur l’instigatrice de la Maison Revivre en vue de sa béatification et son éventuelle canonisation. Plusieurs années peuvent s’écouler entre ces deux étapes. « On connaît beaucoup de saints religieux, mais des saints laïcs, ça vaut la peine de les souligner. Colette Samson a eu une importante oeuvre de miséricorde et de compassion auprès des gens dans le besoin », souligne Mgr Picher.

« Je suis totalement en accord avec l’idée de la béatifier et la canoniser. C’était une femme humble. Elle donnait de son temps avec amour. Plusieurs ont cru en elle. (…) À la soupe populaire, dans la grande salle, on fait chaque jour une prière en l’honneur de Mme Samson et on récite le Notre Père », mentionne Martin Maurice, directeur général de la Maison Revivre.

Un coeur débordant d’amour

« C’est un très beau projet. J’ai connu Colette dans tout ce qu’elle faisait. Son coeur était débordant d’amour! Elle n’avait pas nécessairement de grandes compétences pour gérer son équipe, mais une grande bienveillance », témoigne l’abbé Alain Pouliot, qui a connu cette femme plus que généreuse, alors qu’il en était au début de son ministère, dans les années 1980. « J’ai célébré la messe pendant 12 ans à Revivre. J’ai même présidé le mariage de son fils et le baptême de son petit-enfant (…) J’ai été professeur en enseignement religieux au Petit Séminaire de Québec (appelé maintenant Collège François-de-Laval). J’ai été bouleversé dans mon expérience de la Maison Revivre. Les pauvres, c’était de l’inconnu pour moi et un peu intimidant. J’ai appris à les aimer tels qu’ils étaient et à leur apporter du bonheur au milieu de leur enfer. Ces gens-là m’ont beaucoup appris », témoigne celui qui est aujourd’hui directeur du personnel au Services diocésains de Québec. 

Accueil inconditionnel 

Selon l’abbé Pouliot, Colette Samson a été en quelque sorte une mère pour bien des résidents de la Maison Revivre, un centre d’hébergement pour hommes aux prises avec différentes problématiques. « Elle leur offrait un accueil inconditionnel, peu importe leur état. Un soir du réveillon de Noël, elle voulait aider les gars, mais il n’y avait pas de sandwichs et la journée avançait. Puis, le soir même, un traiteur est arrivé avec des plats qu’il a donnés. Colette Samson avait une grande confiance dans la Providence. »

« C’est important de garder le plus possible la philosophie de Mme Samson, soit d’accueillir les gars sans jugement. Mais certains gars ont des rechutes et reviennent. On se demande parfois si on est encore aidants. Mais comme disait Colette: ‘Et si c’était cette fois, la bonne?’ Son objectif était toujours d’aider les résidents, de leur donner confiance en eux. On essaie de leur confier de petites tâches », mentionne l’actuel directeur général de la Maison Revivre, Martin Maurice.

Une femme éprouvée 

Issue d’une famille aisée, Colette Lamontagne, devenue Samson par le mariage, a toujours été croyante et pratiquante, selon les souvenirs de son fils, Bernard. « Elle a toujours eu une vie intérieure, tout comme mon père. Mes parents m’ont imprégnée par leur foi », dit-il.

Colette Samson a toutefois connu une série d’épreuves qui l’ont menée peu à peu vers son ministère envers les pauvres. « Elle a eu une tumeur au coccyx, qu’on lui a enlevé. Mon père a subi trois crises cardiaques et une tumeur au cerveau l’a emporté six mois plus tard. Il est décédé quand j’avais 18 ans. Ma mère a commencé son ministère peu de temps après la mort de mon père », raconte Bernard Samson.

Avec un groupe de chrétiens charismatiques, dont son ami Marcel Goulet, Colette Samson a visité les détenus de la prison d’Orsainville. Un jour, en demandant à un prisonnier qui avait fini de purger sa peine s’il était content de sortir, il a répondu par la négative. Il lui a confié n’avoir nulle part où aller, pas de contacts ou d’amis pouvant le recueillir. C’est à ce moment que le déclic s’est fait et que des amis aisés de Mme Samson lui ont acheté une maison sur le boulevard Langelier dans le quartier Saint-Roch, où elle accueillait les ex-détenus. « C’était précurseur au Café-rencontre centre-ville et à Lauberivière », précise Bernard Samson. 

« La mission s’est ensuite élargie, pour aider les hommes aux prises avec des dépendances de drogue et d’alcool, et offrir du dépannage alimentaire aux femmes et aux familles », précise le curé Picher. 

Une mission grâce aux dons 

La Maison Revivre — pouvant accueillir jusqu’à 29 résidents — s’est davantage fait connaître à son emplacement actuel, au 261, rue Saint-Vallier Ouest, depuis juin 1986. « Elle y a travaillé cinq ans, après quoi elle est décédée. L’église de Saint-Sauveur n’a jamais été aussi remplie que lors de ses funérailles. C’était une chrétienne de grande foi et profondément engagée », témoigne le curé de Saint-Sauveur et Saint-Roch.

Avant de devenir la Maison Revivre, le grand immeuble de la rue Saint-Vallier Ouest servait de centre de recherche sur la tuberculose. Le bâtiment a été remis rapidement en vente, après que l’on ait trouvé un remède. Colette Samson a pu acheter l’immeuble, grâce aux religieuses de l’ancien Hôpital général de Québec (les Augustines de la Miséricorde de Jésus), qui lui ont donné 100 000$ et prêté un autre 100 000$ sans intérêt.

 

L’organisme vit uniquement de dons, que ce soit pour la nourriture, le matériel ou le chauffage. La Maison Revivre ne reçoit pas de subvention. « C’est exceptionnel. La plupart des maisons de ce genre-là comptent habituellement sur des dons de députés, de ministres », fait remarquer le curé Picher.

 

  1. Jean-Robert Leclerc, de Biscuits Leclerc, a entendu parler du projet de Mme Samson et a communiqué avec elle pour lui offrir des biscuits. Une offre qu’elle a acceptée, puisque c’était totalement gratuit. Surpris par la grandeur d’âme de Mme Samson et de ses intentions lors de sa rencontre avec elle, M. Leclerc lui a dit qu’aussi longtemps que la Maison Revivre va exister et que les Biscuits Leclerc vont exister, des biscuits seront fournis gratuitement. « On reçoit en moyenne de 20 à 30 caisses complètes de biscuits. Dans une caisse, il y a une douzaine de boîtes de biscuits », illustre M. Maurice.

 

 

Photo DG: Martin Maurice, directeur général de la Maison Revivre, aux côtés de la prière composée en l’honneur de Colette Samson, fondatrice de l’organisme.

 

Photo Colette Samson: Femme de foi, Colette Samson a porté à bout de bras la Maison Revivre, en comptant grandement sur la providence.

 

Photo Chapelle: L’ancienne chambre de l’appartement de Colette Samson, à même la Maison Revivre, a été transformée en chapelle.